L’Afrique du Sud pourrait se rapprocher d’un scénario similaire aux émeutes de juillet 2021. Des analystes mettent en garde contre un risque d’escalade violente, estimant que les autorités de Prétoria pourraient avoir du mal à contenir la montée du discours anti-migrants à l’approche de l’échéance du 30 juin fixée aux ressortissants étrangers en situation irrégulière pour quitter le pays.
Selon l’analyste politique Donald Porusingazi, « la question de savoir si l’Afrique du Sud se dirige vers une nouvelle vague de troubles violents n’est plus théorique ».
« Ces derniers mois, l’Afrique du Sud a connu une résurgence des sentiments anti-migrants qui rappelle l’atmosphère explosive ayant précédé les émeutes de juillet 2021, lorsque des manifestations déclenchées par l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma avaient dégénéré en la pire explosion de violence de l’ère démocratique », explique-t-il.
Plus de 350 personnes avaient perdu la vie lors de ces violences, révélant de profondes fractures sociales ainsi que les limites de l’État à contenir des actes de violence coordonnés.
Pour l’analyste, le sentiment de déjà-vu est aujourd’hui omniprésent. « Les déclencheurs sont différents, mais l’atmosphère est étrangement familière », souligne-t-il.
À travers le pays, des groupes mobilisés autour de discours anti-migrants gagnent en visibilité et en agressivité. Ils accusent les étrangers d’être responsables du chômage, de la criminalité et de la pression exercée sur les services publics.
Ce discours s’est progressivement transformé en une opposition entre « nous » et « eux », réduisant des communautés entières à des stéréotypes et alimentant des tensions qui ont déjà dégénéré en violences dans certaines localités.
Des commerces appartenant à des migrants ont été attaqués, des enfants harcelés sur le chemin de l’école et certaines cliniques bloquées par des militants réclamant l’exclusion des étrangers des soins de santé.
Face à cette situation, le gouvernement sud-africain a multiplié les mesures destinées à démontrer sa capacité de contrôle. Le ministère de l’Intérieur a renforcé les inspections dans les entreprises employant des travailleurs en situation irrégulière, étendu les dispositifs biométriques de suivi des dépassements de séjour et accéléré les procédures d’expulsion.
Si ces initiatives visent à rassurer l’opinion publique, elles traduisent aussi une réaction jugée tardive face à des tensions accumulées depuis plusieurs années.
Selon plusieurs critiques, la lenteur de l’État a favorisé l’enracinement des discours anti-migrants et permis à certains acteurs d’exploiter les frustrations sociales à des fins politiques.
Pour Donald Porusingazi, la principale interrogation concerne désormais l’après-30 juin. « Nous voyons la possibilité réelle que les groupes à l’origine de la campagne anti-migrants intensifient leurs actions plutôt que de se retirer, surtout à mesure que leur discours devient plus militant et leurs opérations plus coordonnées », avertit-il.
En 2021, une contestation politique s’était rapidement transformée en une vague de violences massives, alimentée par la désinformation, les divisions politiques et les difficultés économiques. Les observateurs redoutent aujourd’hui que des dynamiques similaires ne se reproduisent.
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