Le Système de riziculture intensive (SRI) était au cœur d’un dialogue politique organisé ce mardi à Dakar par l’IPAR Think Tank. Réunissant chercheurs, pouvoirs publics, organisations de producteurs, experts, partenaires techniques et financiers, la rencontre vise à identifier les conditions permettant de passer de l’expérimentation à une mise à l’échelle du SRI au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.
Présenté comme une approche agroécologique permettant d’améliorer la productivité du riz tout en réduisant l’utilisation de certains intrants et la consommation d’eau, le SRI suscite un intérêt croissant dans un contexte marqué par les ambitions de souveraineté alimentaire et les effets du changement climatique.
Pour Dr Waly Diouf, coordonnateur du Programme national d’autosuffisance en riz (PNAR) et conseiller technique au ministère de l’Agriculture, le SRI répond à plusieurs préoccupations actuelles du secteur agricole sénégalais.
« Vous dépensez moins et vous produisez plus », a-t-il notamment souligné, mettant en avant le potentiel du système pour améliorer la productivité et renforcer la résilience des exploitations.
Produire davantage tout en réduisant la pression sur l’environnement
L’intérêt du SRI réside notamment dans une gestion différente de l’eau, des plants et de la fertilisation. Contrairement à certaines perceptions associant le terme « intensif » à un recours accru aux intrants, le système cherche au contraire à optimiser les ressources disponibles.
Laure Tall, directrice exécutive de l’IPAR Think Tank, a insisté sur cette particularité.
« Quand on parle d’agriculture intensive, on pense tout de suite à beaucoup d’engrais, beaucoup d’eau et beaucoup de pesticides. Ici, c’est au contraire un système qui permet d’économiser de l’eau, de limiter les apports en engrais et, dans certaines conditions, de produire plus », a-t-elle expliqué.
Au-delà de la productivité, l’enjeu est également climatique. Les systèmes rizicoles irrigués peuvent générer d’importantes émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Une meilleure gestion de l’eau dans les parcelles pourrait ainsi contribuer à réduire ces émissions.
Cette dimension prend une importance particulière pour le Sénégal, qui cherche à concilier augmentation de la production rizicole, souveraineté alimentaire et adaptation au changement climatique.
La vallée du fleuve Sénégal particulièrement exposée
Les travaux conduits dans le cadre du projet COINS ont notamment porté sur la vallée du fleuve Sénégal. Cette zone, caractérisée par d’importants systèmes agricoles irrigués, est souvent considérée comme moins vulnérable aux aléas climatiques que les zones d’agriculture pluviale.
Les travaux de l’IPAR montrent cependant une réalité plus nuancée.
« On pense souvent que les systèmes agricoles irrigués sont à l’abri du changement climatique. Nos rapports nous ont montré qu’on était loin d’être à l’abri », a relevé Laure Tall.
La variabilité climatique affecte en effet non seulement la riziculture, mais également les activités qui entourent les périmètres irrigués, notamment l’élevage et la foresterie.
Dans ce contexte, l’amélioration de l’efficacité de l’utilisation de l’eau et des ressources agricoles apparaît comme un enjeu majeur pour les producteurs de la vallée.
Un potentiel reconnu, mais une adoption encore limitée
Malgré ses avantages potentiels, le SRI reste encore faiblement adopté au Sénégal. C’est précisément ce paradoxe que le dialogue politique organisé par l’IPAR entend examiner : une technologie connue, expérimentée sur le terrain et jugée prometteuse, mais dont la diffusion demeure limitée.
Selon Dr Waly Diouf, plusieurs obstacles expliquent cette situation. Il cite notamment l’inadaptation de certains aménagements, un niveau de mécanisation insuffisant ou inapproprié, les difficultés d’accès à des semences de qualité, ainsi que les déficits de formation et d’accompagnement.
Pour les acteurs réunis à Dakar, la mise à l’échelle du SRI ne peut donc pas reposer uniquement sur la démonstration de ses performances agronomiques. Elle doit également prendre en compte les réalités économiques, techniques et sociales auxquelles sont confrontés les producteurs.
De l’expérimentation à une véritable politique publique
Le projet COINS, mis en œuvre par l’IPAR dans le département de Podor, constitue l’un des cadres de cette réflexion. Il associe notamment l’Union de Galoya, l’Union des jeunes agriculteurs de Koyli Wirndé (UJAK), l’ANCAR, le Conseil départemental de Podor et différents partenaires techniques et scientifiques.
Laure Tall a expliqué que l’objectif des travaux menés pendant trois ans n’était pas simplement de produire des rapports de recherche, mais de dégager des éléments directement utiles aux producteurs, aux collectivités territoriales et aux décideurs.
L’IPAR souhaite désormais capitaliser sur les expériences conduites avec les organisations de producteurs afin d’identifier les conditions nécessaires à une adoption plus large du SRI.
Cela passe notamment par une meilleure connaissance des acteurs intervenant sur le SRI, le renforcement de leur collaboration, l’adaptation des pratiques aux différents contextes locaux, la formation des producteurs et le renforcement des capacités des décideurs.
Un levier pour la souveraineté alimentaire ?
Pour le Sénégal, la question dépasse donc la seule performance d’une technique culturale. Dans un contexte de crises alimentaires, de volatilité des prix internationaux et de dépendance encore importante aux importations, l’amélioration de la production rizicole constitue un enjeu stratégique.
Le SRI pourrait contribuer à cette ambition à condition que son développement soit adapté aux réalités des territoires et accompagné par des investissements appropriés dans les infrastructures, la mécanisation, la formation, l’accès aux semences et le conseil agricole.
Le dialogue politique de Dakar entend ainsi déboucher sur des pistes d’action et des engagements concrets pour promouvoir, adapter et mettre à l’échelle le SRI au Sénégal et, plus largement, en Afrique de l’Ouest.
L’enjeu est désormais de déterminer si cette approche peut passer du statut de technologie prometteuse à celui de véritable option intégrée aux politiques rizicoles et climatiques du Sénégal.
TE/Sf/APA





