Le journaliste tunisien Zied El Heni a été condamné mardi à quatre ans de prison dans une affaire liée au terrorisme, selon son avocate, Yasmine Ben Brahim.
La condamnation du journaliste indépendant Zied El Heni à quatre années de prison supplémentaires dans une affaire liée au terrorisme renforce les inquiétudes sur le recul des libertés publiques en Tunisie, où les voix critiques du président Kaïs Saïed sont confrontées à une pression judiciaire persistant.
Cette nouvelle peine, prononcée notamment pour « constitution d’un groupe terroriste » et « non-dénonciation d’un crime terroriste », s’ajoute à une condamnation à un an de prison prononcée en mai. Connu pour ses critiques à l’égard du président Kaïs Saïed, le journaliste indépendant se retrouve ainsi confronté à un alourdissement de sa situation judiciaire.
Le dossier porte sur des enregistrements audio ayant fait l’objet de fuites et attribués à Mondher Ounissi, ancien dirigeant intérimaire du mouvement islamiste Ennahdha. Zied El Heni avait réalisé un reportage consacré à ces enregistrements, dont le contenu n’a pas été rendu public.
Mondher Ounissi a lui-même été condamné à neuf ans de prison dans cette même affaire. Les chefs d’accusation retenus contre le journaliste soulèvent des interrogations sur les conditions dans lesquelles le travail d’information peut être assimilé à des infractions relevant de la législation antiterroriste.
Figure du paysage médiatique tunisien, Zied El Heni s’était fait connaître notamment par son engagement lors de la révolution de 2011, qui avait conduit à la chute du président Zine El Abidine Ben Ali. Sa condamnation à un an de prison en mai était liée à des propos concernant la liberté de la presse.
La nouvelle décision judiciaire accentue les préoccupations entourant la situation des journalistes indépendants, dans un environnement où les poursuites judiciaires constituent un risque croissant pour les professionnels qui enquêtent sur des sujets sensibles ou critiquent les autorités.
Depuis juillet 2021, lorsque Kaïs Saïed a suspendu les travaux du Parlement avant de concentrer progressivement les pouvoirs entre ses mains, les organisations de défense des droits humains dénoncent une dégradation des libertés politiques. Des opposants, notamment issus d’Ennahdha, ont été emprisonnés, tandis que d’autres ont quitté le pays. Rached Ghannouchi, figure historique du mouvement, est détenu depuis avril 2023 et a fait l’objet de plusieurs condamnations, dont certaines à de lourdes peines de prison.
Cette nouvelle condamnation intervient dans un climat de tensions persistantes entre les autorités et les milieux critiques du pouvoir. L’utilisation de qualifications liées au terrorisme dans une affaire impliquant un journaliste ayant couvert des enregistrements fuités pose notamment la question de la proportionnalité des poursuites et des garanties accordées à la liberté d’informer.
Pour les défenseurs des libertés publiques, l’accumulation des procédures contre les opposants et les journalistes constitue un indicateur préoccupant de l’évolution institutionnelle du pays depuis le tournant politique de 2021.
MK/AK/APA





