Le Sénégal veut renforcer les dispositifs de réinsertion des personnes détenues afin de prévenir la récidive et de faciliter leur retour dans la société, en misant sur la formation professionnelle, l’accès à l’éducation et le recours aux peines alternatives, a indiqué jeudi le ministre de la Justice, à l’ouverture d’une conférence régionale consacrée à l’accompagnement avant et après la sortie de prison.
La rencontre, organisée à Dakar avec la participation de représentants d’Allemagne, du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie, vise à favoriser le partage d’expériences sur les moyens de préparer les détenus à leur libération et de soutenir leur réintégration sociale.
Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu est de faire évoluer la fonction de la prison, en conciliant la sanction pénale avec la préparation du retour à la vie en société. Le ministre de la Justice a souligné que les difficultés d’accès à l’emploi, au logement et le rejet social peuvent fragiliser les personnes libérées et favoriser la récidive.
Cette orientation s’inscrit dans les directives du président Bassirou Diomaye Faye, qui a appelé à développer les peines alternatives à l’emprisonnement, à mieux encadrer la détention provisoire et à renforcer le respect de la dignité des personnes privées de liberté.
Sur le terrain, l’Administration pénitentiaire a mis en place plusieurs structures de formation et de production, notamment deux boulangeries, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture et une galerie de la réinsertion. Ces initiatives visent à permettre aux détenus d’acquérir des compétences utiles à leur insertion professionnelle après leur libération.
Le ministère de la Justice prévoit également d’explorer, avec le département de l’Enseignement supérieur, les possibilités d’inscription des détenus titulaires du baccalauréat à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale est aussi envisagé pour mobiliser des enseignants en faveur des candidats aux examens en milieu carcéral.
Dans le même esprit, des terres situées dans le nord du pays ont été mises à la disposition de l’Administration pénitentiaire pour développer la riziculture. Ce projet doit offrir aux participants une formation agricole et des perspectives d’emploi à leur sortie, tout en contribuant à l’ambition nationale de souveraineté alimentaire.
Le renforcement des effectifs pénitentiaires constitue un autre volet de cette stratégie. Pour 2026, le Premier ministre a autorisé le recrutement de 418 agents, dont deux inspecteurs, six contrôleurs, dix agents administratifs et 400 surveillants. Ces nouvelles recrues doivent contribuer à réduire la charge de travail du personnel et à améliorer la prise en charge des détenus, sans compromettre la sécurité des établissements.
Le ministre a par ailleurs invité les magistrats à recourir, lorsque les conditions légales sont réunies, aux mécanismes d’aménagement des peines, notamment la libération conditionnelle, le placement sous surveillance électronique, la probation et le travail au bénéfice de la société. Ces mesures peuvent faciliter la transition entre la détention et la liberté, tout en contribuant à atténuer la surpopulation carcérale.
Les échanges porteront notamment sur la préparation individualisée de la libération, la qualification professionnelle, la coopération avec les employeurs et les services de probation, ainsi que l’accompagnement des groupes vulnérables, en particulier les femmes et les mineurs.
La conférence bénéficie de l’appui de la Fondation allemande pour la coopération juridique internationale (IRZ), qui accompagne depuis 2021 l’Administration pénitentiaire sénégalaise dans la préparation à la libération, le soutien psychologique des détenus et la formation du personnel.
Pour les autorités, la réussite de la réinsertion dépend aussi de l’engagement des collectivités territoriales, des entreprises, des organisations de la société civile et des familles. L’objectif est de créer des passerelles entre la prison et la société afin que la fin de la peine ne soit pas suivie d’une nouvelle exclusion, mais ouvre la voie à une reconstruction durable.
TE/APA





