La fermeture de Mada Masr et la condamnation de sa rédactrice en chef à une lourde amende accentuent les inquiétudes sur la liberté de la presse en Égypte, où les journalistes indépendants font face à une pression judiciaire croissante.
Les autorités égyptiennes ont ordonné, mardi 27 octobre, la fermeture de Mada Masr, l’un des principaux médias indépendants du pays, ainsi que la confiscation de son matériel pour exploitation « sans licence ».
Sa cofondatrice et rédactrice en chef, Lina Attalah, a parallèlement été condamnée à une amende d’environ 49 000 euros à l’issue d’un procès expéditif, marqué par une seule audience. Cette décision intervient dans un contexte de durcissement des pressions contre les médias d’investigation et les voix critiques du pouvoir.
Interrogée pendant six heures par les procureurs de la sûreté de l’État le 21 octobre, Lina Attalah avait été renvoyée devant la justice dès le lendemain. Selon ses avocats, le tribunal a rejeté leurs demandes d’accès au dossier et de présentation de preuves supplémentaires. La journaliste s’est également vue imposer un avocat commis d’office malgré son opposition. Il s’agit de la sixième procédure engagée contre elle et Mada Masr en six ans, sans qu’aucune des précédentes n’ait jusque-là débouché sur un procès.
Fondé en 2013 et bloqué en Égypte depuis 2017, Mada Masr s’est imposé comme un média d’investigation de référence, publiant régulièrement des enquêtes sur des sujets politiquement sensibles. Dans un éditorial publié après la décision judiciaire, sa rédaction a dénoncé une procédure qui a profondément ébranlé sa confiance dans le système judiciaire.
La libération de Lina Attalah, mardi, ne met toutefois pas fin à ses difficultés judiciaires : elle a appris qu’une peine d’un an de prison avait été prononcée contre elle en son absence en 2024, pour diffusion de « fausses informations » et gestion d’un site internet sans licence. Son avocat a annoncé un appel, dont l’audience est prévue le 11 novembre.
Les organisations de défense des droits humains ont vivement réagi. Amnesty International a dénoncé une décision portant, selon elle, un coup sévère à la liberté de la presse. Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne, estime que les poursuites traduisent un passage du harcèlement judiciaire à une stratégie d’élimination des médias indépendants. Le Comité pour la protection des journalistes a également alerté sur l’insécurité croissante des journalistes travaillant hors des médias proches des autorités.
Cette affaire survient quelques semaines après l’arrestation de six journalistes du média d’investigation Matsadaash, les 28 et 29 septembre, pour diffusion présumée de fausses informations et liens supposés avec les Frères musulmans, organisation interdite en Égypte. Ces accusations sont régulièrement invoquées contre des médias considérés comme critiques du gouvernement.
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