Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a demandé, jeudi 23 juillet, une enquête indépendante sur la mort de plusieurs dizaines de soldats maliens à Tabrichaat, sur l’axe reliant Anéfis à Gao, dans le nord du pays. Des images diffusées après les combats semblent montrer des militaires désarmés pris pour cible après leur capture.
Le bilan de l’embuscade tendue le 18 juillet contre un convoi des Forces armées maliennes à Tabrichaat, entre les localités d’Anéfis et de Gao, n’a pas encore été établi de manière indépendante.
Le Front de libération de l’Azawad, FLA, affirme que plus de plusieurs combattants engagés aux côtés des autorités maliennes ont été tués. Un élu de la zone a également fait état de plus de dizaines de morts et d’au moins 24 prisonniers.
L’armée malienne a confirmé l’attaque contre le convoi, sans communiquer le nombre de morts, de blessés ou de disparus dans ses rangs. Elle a déclaré avoir mené une riposte aérienne contre plusieurs positions adverses et permis à une partie des véhicules de poursuivre leur route vers Gao.
Le convoi avait quitté Anéfis, localité située au sud de Kidal, pour rejoindre Gao lorsqu’il a été attaqué. Le FLA et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM, affilié à Al-Qaïda, ont chacun revendiqué leur participation à l’opération.
Les deux groupes armés ont affirmé avoir infligé d’importantes pertes humaines et matérielles aux forces maliennes et à leurs partenaires étrangers. Ils ont également annoncé la capture de plusieurs soldats et la saisie de véhicules, d’armes et de munitions.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des hommes portant des uniformes militaires assis ou agenouillés, les mains placées derrière la tête, sous la surveillance de combattants armés. D’autres images semblent montrer des tirs dirigés contre certains des prisonniers.
L’origine, la date et les conditions exactes d’enregistrement de ces images n’ont pas été établies de manière indépendante.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a déclaré avoir reçu des informations faisant état de tortures et de la mort de dizaines de soldats maliens après leur reddition.
Son porte-parole, Thameen Al-Kheetan, a demandé l’ouverture d’une enquête indépendante, impartiale et approfondie afin de déterminer les circonstances de l’attaque, d’authentifier les images et d’établir les responsabilités.
Il a rappelé que les membres des forces armées ayant déposé les armes, été capturés ou placés hors de combat doivent être protégés contre les violences, les exécutions, la torture et les traitements humiliants.
L’article 3 commun aux Conventions de Genève interdit les meurtres, les mutilations, les traitements cruels et la torture contre les personnes qui ne participent plus directement aux hostilités. Ces actes peuvent être qualifiés de crimes de guerre lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’un conflit armé.
Le Haut-Commissariat a demandé que les auteurs d’éventuelles violations soient identifiés et poursuivis dans le cadre de procédures judiciaires respectant les garanties d’un procès équitable. Il a également réclamé une réparation pour les victimes et leurs familles.
Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a déclaré que son mouvement ne s’opposait pas à une enquête indépendante sur les violations commises dans le nord du Mali. Il a cependant demandé que les images soient authentifiées avant que des conclusions soient établies.
Le JNIM n’a pas publié de réponse détaillée aux accusations portant sur le traitement des militaires capturés.
Des affrontements répétés autour d’Anéfis
L’attaque de Tabrichaat intervient après plusieurs semaines de combats dans le secteur d’Anéfis, situé sur l’axe stratégique reliant Kidal à Gao.
Cette route est utilisée pour les mouvements de troupes, le ravitaillement des positions militaires et les liaisons entre les principales villes du nord du Mali. Les convois qui l’empruntent restent exposés aux mines, aux engins explosifs improvisés et aux embuscades.
Au début du mois de juillet, plusieurs attaques avaient visé des positions militaires à Anéfis, Gao, Aguelhoc et dans d’autres localités du nord et du centre du pays.
L’armée avait annoncé avoir repoussé les assaillants et maintenu ses positions à Anéfis. Le FLA avait, pour sa part, affirmé avoir pris le contrôle de plusieurs secteurs de la localité. Aucun bilan commun n’avait été établi.
Un convoi de renfort et de ravitaillement envoyé depuis Gao avait ensuite rejoint Anéfis après plusieurs affrontements sur son itinéraire. Des soldats blessés avaient été évacués vers les structures sanitaires de Gao.
Le convoi attaqué à Tabrichaat effectuait le trajet inverse lorsqu’il est tombé dans l’embuscade.
Le FLA regroupe plusieurs mouvements armés du nord du Mali qui revendiquent l’autodétermination de l’Azawad, territoire qu’ils situent dans le nord du pays. Le JNIM poursuit une insurrection armée contre l’État malien et mène régulièrement des attaques contre l’armée, les forces étrangères et les représentants de l’administration.
Les deux organisations ont des objectifs politiques et idéologiques différents, mais elles ont revendiqué plusieurs opérations menées simultanément contre les forces maliennes.
Les autorités de Bamako accusent les mouvements armés du nord de collaborer avec des groupes jihadistes. Les responsables du FLA affirment pour leur part que leurs actions militaires visent les forces gouvernementales déployées dans les régions septentrionales.
La situation sécuritaire dans le nord du Mali s’est dégradée depuis la reprise des combats entre l’armée et les groupes armés signataires de l’ancien accord de paix issu du processus d’Alger.
Les affrontements se sont intensifiés après la reprise de Kidal par les forces maliennes en novembre 2023 et la dénonciation, en janvier 2024, de l’accord de paix signé en 2015.
Les combats autour d’Anéfis et l’attaque de Tabrichaat montrent que les groupes armés conservent des capacités d’action sur les axes routiers, malgré le redéploiement des forces maliennes dans plusieurs localités du Nord.
L’enquête demandée par les Nations unies devra déterminer le nombre de militaires tués et capturés, les conditions dans lesquelles ils sont morts et le sort des prisonniers dont les images ont été diffusées après l’attaque.
MD/te/APA







