Dans de nombreuses régions rurales algériennes, les vols de bétail connaissent une recrudescence inquiétante, révélant à la fois la fragilité de la sécurité dans les zones agricoles et la détresse croissante des éleveurs.
Les vols de bétail phénomène, autrefois sporadique, semblent désormais s’installer dans le quotidien de plusieurs contrés algériens, où les razzias nocturnes et les stratagèmes dignes de scénarios de western se multiplient.
Face au renforcement des dispositifs de surveillance dans certaines zones urbaines et périurbaines — caméras, présence accrue des forces de sécurité — les réseaux de voleurs se replient de plus en plus vers les fermes isolées de l’intérieur du pays. Ces exploitations, souvent éloignées des centres administratifs et mal couvertes par les dispositifs de sécurité, deviennent des cibles privilégiées pour des bandes organisées capables de déplacer en quelques heures des troupeaux entiers.
Un incident récent dans la wilaya de Guelma illustre la sophistication croissante de ces méthodes. Des malfaiteurs auraient versé un puissant somnifère dans le café qu’un éleveur consommait habituellement dans un café de village.
Plongé dans un profond sommeil, celui-ci n’a pu empêcher le vol de son troupeau, une dizaine de vaches disparues dans la nuit. L’affaire, qui circule largement dans les milieux ruraux, nourrit un sentiment d’insécurité déjà palpable chez les agriculteurs.
Dans d’autres régions, les tensions dégénèrent parfois en violence directe. À Laghouat, un éleveur qui surveillait son troupeau a ouvert le feu sur des voleurs arrivés à bord de plusieurs véhicules pour dérober ses moutons. Deux des assaillants ont été abattus, illustrant un climat où certains agriculteurs, faute de protection jugée suffisante, prennent eux-mêmes la responsabilité de défendre leurs biens.
Cette atmosphère de suspicion permanente peut également provoquer des dérives. Dans la wilaya de Bouira, un jeune habitant de Djebahia s’est retrouvé publiquement accusé de vol de vache par un éleveur, avant que l’affaire ne se retourne contre ce dernier. Saisi par le jeune homme pour diffamation, le tribunal de Lakhdaria a rappelé l’accusateur à l’ordre, contraint finalement de présenter ses excuses.
Si le vol de bétail n’est pas un phénomène nouveau en Algérie, son intensification récente dans plusieurs zones rurales soulève des interrogations plus larges sur la protection des exploitations agricoles et la sécurité économique des éleveurs. Pour beaucoup d’agriculteurs, la perte d’un troupeau ne représente pas seulement un préjudice financier, mais parfois l’effondrement de toute une activité familiale. Dans un pays où l’élevage constitue encore un pilier de subsistance dans de nombreuses régions, cette insécurité croissante alimente un malaise profond au sein du monde rural.
MK/AK/Sf/APA






