Le gouvernement algérien réaffirme sa volonté de sanctuariser les terres agricoles et forestières face à l’urbanisation et aux projets d’investissement. Une ambition présentée comme stratégique pour la souveraineté alimentaire, mais qui intervient dans un contexte où l’artificialisation des sols, la pression démographique et les retards de planification continuent de peser sur le foncier productif.
Réuni sous la présidence du Premier ministre, le gouvernement algérien a insisté sur la nécessité d’orienter les infrastructures publiques et les projets d’investissement vers des terrains non agricoles et non forestiers. Présentée comme une ligne rouge, cette orientation vise officiellement à préserver le potentiel agricole national et à soutenir les objectifs de sécurité alimentaire fixés par les autorités.
Cette nouvelle déclaration de principe illustre surtout une préoccupation croissante des pouvoirs publics face à la raréfaction des terres exploitables. Car si l’Algérie dispose d’un vaste territoire, l’essentiel de sa superficie demeure désertique. Les terres réellement arables représentent une fraction limitée du territoire national et subissent depuis des années la pression de l’urbanisation, des zones industrielles et de l’expansion des infrastructures.
Le discours officiel intervient également alors que le pays affiche des ambitions élevées en matière agricole. Les autorités souhaitent porter les superficies cultivées à trois millions d’hectares et faire de l’agriculture un moteur de croissance économique à l’horizon 2030. Toutefois, plusieurs observateurs soulignent que l’augmentation des surfaces exploitées ne suffira pas à elle seule à résoudre les défis structurels du secteur, notamment la dépendance aux importations alimentaires, les contraintes hydriques et les faibles gains de productivité dans certaines filières.
Le paradoxe est d’autant plus visible que le gouvernement lui-même reconnaît la vulnérabilité croissante du pays aux effets du changement climatique. Désertification, sécheresses récurrentes et stress hydrique figurent parmi les principales menaces identifiées dans la communication consacrée à la contribution nationale de l’Algérie à l’Accord de Paris. Dans ce contexte, la protection du foncier agricole apparaît moins comme un choix que comme une nécessité stratégique.
Au-delà des annonces, la question centrale reste celle de l’application effective de ces orientations. La crédibilité de cette nouvelle doctrine dépendra donc de sa traduction concrète sur le terrain, dans un pays où les impératifs de développement économique entrent souvent en concurrence avec les exigences de préservation des ressources naturelles.
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