Le report du procès de l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, poursuivie pour des propos sur le racisme en Tunisie, illustre la judiciarisation persistante du débat public sous couvert du décret-loi 54.
La chambre correctionnelle près la cour d’appel de Tunis a décidé de reporter au 3 avril prochain l’examen de l’affaire visant l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, à la demande de sa défense, selon des sources judiciaires. La procédure s’inscrit dans la continuité d’une condamnation prononcée en première instance et d’une libération conditionnelle accordée fin novembre 2025.
L’affaire porte sur des déclarations publiques dans lesquelles Sonia Dahmani évoquait l’existence de pratiques racistes en Tunisie. Ces propos ont été poursuivis sur le fondement du décret-loi n°54 relatif aux infractions liées aux systèmes d’information et de communication, un texte de plus en plus mobilisé dans des dossiers impliquant des journalistes, avocats et chroniqueurs.
En première instance, la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis avait condamné Sonia Dahmani à deux ans de prison, estimant qu’elle avait produit et diffusé, via les réseaux numériques, des informations jugées « erronées ». Cette décision avait suscité de vives critiques dans les milieux juridiques et médiatiques, qui y voient une interprétation extensive d’un texte initialement présenté comme destiné à lutter contre la cybercriminalité.
Le 27 novembre 2025, la ministre de la Justice avait accordé une liberté conditionnelle à l’avocate, mettant fin à sa détention sans pour autant clore les poursuites. Cette mesure, de nature administrative, n’a pas remis en cause le fond des accusations ni la multiplication des procédures engagées contre elle.
Sonia Dahmani reste en effet poursuivie dans cinq affaires distinctes, toutes fondées sur le même décret-loi. Chaque dossier concerne des infractions présumées liées à l’usage des systèmes d’information et des réseaux de communication, dessinant un contentieux en série autour d’une même parole publique.
Au-delà du cas individuel, le report du procès met en lumière un malaise plus large : l’utilisation récurrente de l’arsenal pénal pour encadrer, voire dissuader, l’expression de positions critiques sur des sujets sensibles. En qualifiant le dossier d’« affaire dite du racisme », les autorités judiciaires maintiennent une lecture strictement pénale d’un débat qui relève, pour ses défenseurs, de la liberté d’opinion et de la discussion sociale.
MK/AK/Sf/APA







