L’Afrique du Sud suit avec inquiétude l’évolution de la bataille judiciaire de Julius Malema, entrée dans une phase particulièrement sensible. Le dirigeant des Economic Freedom Fighters (EFF) a fait appel d’une peine de cinq ans de prison ferme prononcée pour avoir tiré avec une arme à feu lors d’un rassemblement politique en 2018.
La perspective de l’incarcération de l’une des figures les plus clivantes de l’opposition Sud-africaine ravive un souvenir douloureux à l’échelle nationale : les violences de juillet 2021, déclenchées après l’emprisonnement de l’ancien président Jacob Zuma, qui avaient fait plus de 350 morts et causé des milliards de rands de dégâts.
Pour l’heure, le calme prévaut dans les rues, mais la tension politique est nettement perceptible.
Jeudi, des partisans de l’EFF ont manifesté dans plusieurs provinces, se rassemblant devant des tribunaux et défilant dans les centres-villes.
La police n’a signalé aucun incident majeur, bien que certains commerces du centre de Johannesburg avaient fermé par précaution et que des heurts isolés ont été rapportés dans la province de Mpumalanga.
La porte-parole de la police nationale, Athlenda Mathe, a indiqué que les unités chargées du maintien de l’ordre restaient déployées « afin de garantir le caractère pacifique de tous les rassemblements ».
Reconnu coupable l’an dernier de cinq chefs d’accusation en vertu de la loi sur le contrôle des armes à feu, Julius Malema a été condamné jeudi à cinq ans de prison pour détention illégale d’arme et de munitions, ainsi que pour avoir tiré des balles réelles devant des milliers de partisans lors du cinquième anniversaire de l’EFF en 2018. Son coaccusé, Adriaan Snyman, a été acquitté.
La magistrate Twanet Olivier a estimé que les tirs étaient prémédités, rejetant l’argument de la défense selon lequel il s’agissait d’un geste festif sans danger. Elle a qualifié l’acte de « planifié, délibéré et dangereux », soulignant qu’un coup de feu avait été tiré dans un stade bondé.
L’équipe juridique de M. Malema a immédiatement déposé une demande d’autorisation d’appel, tant sur la condamnation que sur la peine.
La magistrate lui a accordé le droit de faire appel de la peine, mais a rejeté la contestation de la déclaration de culpabilité.
Remis en liberté sous avertissement dans l’attente de l’issue de la procédure, il ne sera incarcéré que si une juridiction supérieure confirme la peine.
Selon des experts juridiques, Julius Malema conserve son siège de député pendant la durée de la procédure d’appel.
En Afrique du Sud, les parlementaires ne perdent leur mandat qu’en cas de condamnation à plus de douze mois de prison sans possibilité d’amende.
Ainsi, son statut parlementaire demeure inchangé tant que la procédure judiciaire n’est pas arrivée à son terme.
Les enjeux politiques restent néanmoins élevés.
Une éventuelle incarcération de M. Malema entraînerait l’éviction de l’une des voix les plus influentes et les plus combatives de la scène politique nationale.
Elle constituerait également un test pour la résilience des services de sécurité et des institutions sud-africaines, encore marquées par l’ampleur et la rapidité des troubles de 2021.
Pour l’heure, les manifestations de l’EFF sont restées globalement pacifiques.
Toutefois, le parti est connu pour sa capacité à mobiliser des foules importantes et fortement engagées, et des analystes estiment que les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le pays pourrait revivre une période d’instabilité similaire.
L’examen de l’appel de Julius Malema devrait prendre plusieurs mois. D’ici là, le pays reste dans l’attente, entre vigilance et inquiétude face au risque d’un embrasement rapide de la contestation.
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