En visant un déficit public autour de 10 % du PIB à l’horizon 2028, le gouvernement algérien assume une stratégie de consolidation budgétaire progressive, dont la réforme des subventions apparaît comme le principal levier, au risque de transférer l’effort d’ajustement vers les ménages.
Le ministre algérien des Finances, Abdelkrim Bouzred, a exposé les grandes lignes de la trajectoire budgétaire de l’Algérie, visant à ramener le déficit public à un niveau jugé « soutenable », autour de 10 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2028. Présentée comme pragmatique, cette orientation considère le déficit non comme un déséquilibre à corriger en urgence, mais comme un instrument mobilisable au service de la croissance et de l’investissement.
Dans son argumentaire, le ministre défend l’idée d’un déficit « acceptable » dès lors qu’il finance des investissements productifs. Cette lecture, classique dans le discours des autorités financières, pose toutefois la question de l’efficacité réelle de la dépense publique en Algérie, régulièrement critiquée pour ses faibles retombées économiques, la lenteur des projets et la persistance de capacités productives sous-exploitées.
L’affirmation selon laquelle le déficit soutiendrait la croissance et l’emploi reste, à ce stade, peu étayée par des indicateurs précis de performance.
La réduction progressive du déficit repose principalement sur la réforme du système de subventions, présentée par le ministère comme une nécessité budgétaire. Dans une réponse écrite au député de l’Assemblée populaire nationale, Ahmed Beljilali, Abdelkrim Bouzred a insisté sur la volonté de mieux cibler les aides afin qu’elles bénéficient aux catégories sociales éligibles.
En creux, cette réforme traduit surtout la difficulté de l’État à continuer de financer un système de subventions généralisées devenu coûteux, inefficace et socialement inéquitable.
Si le discours officiel met en avant la rationalisation de la dépense publique, la réforme des subventions soulève des inquiétudes récurrentes quant à son impact sur le pouvoir d’achat, dans un contexte marqué par l’inflation et la stagnation des revenus. L’absence de calendrier détaillé, de mécanismes de compensation clairement définis et de garanties sociales alimente le scepticisme quant à la capacité de l’État à mener cette réforme sans tensions sociales.
Sur le plan fiscal, le gouvernement mise sur l’élargissement de l’assiette et la lutte contre l’évasion pour renforcer les recettes. Là encore, les annonces de modernisation, de numérisation et de transparence rappellent des engagements déjà formulés par le passé, avec des résultats jugés limités. L’économie informelle continue de peser lourdement, réduisant l’impact potentiel des réformes sur le déficit.
Enfin, la gestion de la dette intérieure, étalée jusqu’en 2048, et le recours aux émissions de bons du Trésor traduisent une stratégie de financement prudente, mais contrainte. Le gel du financement non conventionnel depuis 2019 est rappelé comme un gage de discipline, sans pour autant masquer la réalité d’un modèle budgétaire toujours dépendant de ressources volatiles et d’ajustements socialement sensibles.
Derrière l’objectif affiché de soutenabilité budgétaire, la stratégie gouvernementale semble ainsi reposer davantage sur la compression des dépenses, en particulier sociales, que sur une transformation structurelle profonde de l’économie algérienne.
MK/AK/Sf/APA






