Malgré une nouvelle réunion ministérielle à Alger et des déclarations d’engagement réitérées par l’Algérie, le Nigéria et le Niger, le gazoduc transsaharien (TSGP) demeure confronté à des défis considérables qui continuent d’éloigner sa concrétisation effective.
Plus de quarante ans après l’émergence de l’idée d’un corridor gazier reliant le Nigéria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, le projet continue d’avancer essentiellement au rythme des réunions, des études et des déclarations politiques. La cinquième réunion ministérielle du comité de pilotage, organisée cette semaine à Alger, n’échappe pas à cette logique. Les trois pays partenaires ont une nouvelle fois affiché leur volonté commune de poursuivre le chantier, sans toutefois annoncer de calendrier définitif de réalisation ni de décision d’investissement finale.
L’ordre du jour de la rencontre a principalement porté sur la présentation des résultats de l’étude de faisabilité réalisée par le cabinet Penspen et sur l’évaluation de la feuille de route adoptée lors des précédentes réunions. Une étape supplémentaire qui témoigne davantage d’une poursuite du processus administratif que d’un passage concret à la phase de construction.
Cette situation alimente les interrogations sur la capacité du projet à franchir le cap décisif du financement. Le TSGP figure parmi les infrastructures énergétiques les plus ambitieuses du continent, mais également parmi les plus complexes. Son tracé traverse des milliers de kilomètres dans des zones désertiques et des espaces confrontés à des défis sécuritaires persistants, notamment dans certaines régions du Sahel.
L’environnement international a également évolué depuis les premières annonces du projet. Les marchés énergétiques connaissent une profonde mutation marquée par l’accélération de la transition énergétique, la diversification des approvisionnements européens et la multiplication de projets concurrents de gaz naturel liquéfié. Cette évolution réduit progressivement la fenêtre d’opportunité dont pouvait bénéficier un projet nécessitant encore plusieurs années avant une éventuelle mise en service.
Les déclarations des responsables nigérians et nigériens illustrent la volonté politique de préserver la dynamique diplomatique autour du dossier. Le ministre nigérian Ekperikpe Ekpo a réaffirmé l’engagement de son pays tandis que son homologue nigérien Hamadou Tini a insisté sur la coopération avec Alger. Ces prises de position traduisent toutefois davantage une détermination politique qu’une avancée opérationnelle mesurable.
En dépit de son potentiel théorique pour renforcer les échanges énergétiques africains, le TSGP reste aujourd’hui un projet dont la matérialisation demeure incertaine. Les études s’accumulent, les réunions se succèdent et les soutiens officiels se multiplient, mais l’absence d’annonces concrètes sur le financement, la construction et les échéances continue d’entretenir le doute sur la capacité de ce mégaprojet à dépasser le stade des intentions. Pour de nombreux observateurs, le principal défi n’est plus de démontrer l’intérêt stratégique du gazoduc, mais de prouver qu’il peut encore devenir une réalité dans un environnement énergétique mondial en rapide transformation.
MK/AK/Sf/APA





