En proclamant l’« irréversibilité » de l’État social, Kaïs Saïed multiplie les déclarations de principe alors que la Tunisie s’enfonce dans une crise économique et sociale profonde, où chômage, inflation et déficit des caisses de sécurité sociale contredisent ses promesses de dignité et de justice.
En recevant mercredi son ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, le président tunisien Kaïs Saïed a réaffirmé que « l’État social est un choix irréversible », pilier de sa vision politique depuis son arrivée au pouvoir. Derrière ce discours de fermeté, la réalité demeure toutefois plus contrastée : chômage endémique, précarité généralisée et système de protection sociale fragilisé continuent de miner le quotidien des Tunisiens.
Au Palais de Carthage, Kaïs Saïed a dénoncé les « politiques anciennes d’exclusion » qui auraient nourri la pauvreté et la marginalisation, en promettant de mettre fin au travail intérimaire illégal et de garantir les droits des ouvriers des chantiers comme des femmes rurales. Le chef de l’État a répété que « le droit au travail et à une rémunération décente » n’étaient pas des privilèges mais des droits fondamentaux.
Pourtant, ces annonces interviennent alors que la Tunisie traverse une crise socio-économique aiguë. Le taux de chômage dépasse encore 15 %, l’inflation érode le pouvoir d’achat et la dette publique continue de croître. Le système de sécurité sociale, que le président veut renforcer, fait face à un déficit chronique, accentué par la faiblesse des cotisations et par l’économie informelle qui échappe au contrôle de l’État.
Kaïs Saïed tente de lier justice sociale et stabilité nationale, affirmant que « là où règne la justice, la richesse se développe et la pauvreté recule ». Mais pour de nombreux observateurs, son discours peine à masquer l’absence de réformes structurelles et la concentration croissante des pouvoirs entre ses mains, qui éloignent la Tunisie du pluralisme politique né de la révolution de 2011.
En insistant sur la « dignité du citoyen » comme socle de la dignité nationale, le président cherche à réactiver les mots d’ordre de la révolution – justice, liberté, emploi. Mais dans les faits, les promesses sociales de Kaïs Saïed se heurtent à la fragilité des finances publiques, à l’isolement international du pays et à un climat social tendu, où les revendications populaires risquent de se transformer en contestation ouverte.
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