Le Sénégal a lancé jeudi la construction de son premier observatoire astronomique, une infrastructure unique en Afrique de l’Ouest destinée à la recherche scientifique, à la formation en astronomie et à la vulgarisation des sciences spatiales.
La première pierre de l’Observatoire astronomique du Sénégal (OAS) a été posée jeudi 13 novembre à Khombole, dans la région de Thiès (Ouest), lors d’une cérémonie présidée par Mary Teuw Niane, directeur de Cabinet du président de la République Bassirou Diomaye Faye.
Une coïncidence historique pour Khombole
Hôte de l’événement, le maire de Khombole, Magueye Boye, a rappelé que la cérémonie se déroulait exactement quatre ans et un mois après une rencontre fortuite lors d’une mission d’occultation de l’astéroïde 35462 MaramKairé.
La cérémonie intervient dans le contexte de la célébration du centenaire de la commune, érigée en commune mixte en 1925.
Le maire a souligné la position géographique favorable de la ville, située à mi-chemin entre Dakar et Touba, ainsi que son rôle historique comme centre économique, religieux et intellectuel. Khombole a été un pôle de formation et de recherche universitaire dès 1957 avec l’institut universitaire de pédiatrie sociale et l’école nationale d’assainissement.
M. Boye a insisté sur l’importance du projet pour l’attractivité de la commune, notant que l’annonce avait déjà augmenté la valeur du foncier dans la zone. L’observatoire constituera « un pont lumineux pour l’avenir, une autoroute d’opportunité pour les PME et start-up, une fenêtre sur le Sénégal et vers le monde », a-t-il affirmé.
L’enthousiasme de la jeunesse
La représentante des élèves de la commune a exprimé la gratitude des jeunes pour cette infrastructure intervenant dans un contexte de désaffection croissante des séries scientifiques. Elle a qualifié le lancement des travaux de « magnifique cadeau » porteur d’un message d’excellence.
« En lançant les travaux du premier Observatoire astronomique du Sénégal, ici même à Khombole, vous investissez, avec générosité et lucidité, dans la plus précieuse ressource d’un pays, sa jeunesse », a-t-elle déclaré.
Les activités prévues incluront des soirées d’observation, des conférences, des concours scientifiques, des expositions et des festivals autour des sciences. La représentante a rendu hommage au maire Magueye Boye pour son engagement envers l’éducation et aux enseignants pour leur dévouement malgré les moyens parfois insuffisants.
Un rêve de 18 ans devenu réalité
Le directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES), Maram Kairé, a salué la concrétisation d’un projet porté pendant 18 ans. « Aujourd’hui, ici à Khombole, le Sénégal écrit l’une des plus belles pages de son histoire moderne », a-t-il déclaré.
L’infrastructure, érigée sur deux hectares, sera équipée d’un grand télescope de 600 mm et de quatre télescopes C14 (300 mm), ce qui en fera la plus grande installation de ce type en Afrique de l’Ouest. Tous les télescopes seront pilotables à distance depuis n’importe quel point du monde.
Le complexe comprendra un institut de formation en astronomie et astrophysique, un bâtiment administratif, une salle de conférence et un hall d’exposition de 200 places, une résidence pour chercheurs et des installations techniques.
M. Kairé a détaillé les champs de recherche que l’observatoire permettra d’explorer : astronomie planétaire, étude des exoplanètes, astronomie galactique, sciences de l’atmosphère et astronomie éducative.
« Cet observatoire sera un lieu où la science se partage, où chaque enfant pourra se dire « Moi aussi, je peux être astronome » », a-t-il souligné.
Le projet bénéficie du soutien de plusieurs partenaires : l’association française Instant Sciences qui a offert le grand télescope au franc symbolique, la Fondation Sonatel, la mairie de Khombole et le groupe Atepa. Le président-directeur général du groupe Oumou, Diabelle Seck, a offert les quatre télescopes C14.
Une contribution symbolique particulièrement remarquée est celle de Sérigne Omar Bousso, Khalife de la famille de Guédé Bousso, qui a remis 100 000 francs CFA. Le ciment et les briques de la première pierre proviennent de cette participation.
M. Kairé a annoncé que l’observatoire n’est que le premier jalon d’infrastructures futures, incluant un centre national d’assemblage de microsatellites dans le cadre de la « Sénégal Space Valley », une ville nouvelle dédiée au développement du secteur spatial.
L’observatoire permettra au Sénégal de participer aux réseaux internationaux de recherche astronomique.
« Le Sénégal ne regardera plus le ciel depuis les marges. Le Sénégal en sera un des cartographes », a affirmé M. Kairé.
Une priorité présidentielle
Mary Teuw Niane a rappelé que le président Bassirou Diomaye Faye avait affirmé que « le Sénégal avance résolument vers son ambition de devenir une nation spatiale ». Il a souligné que la feuille de route de l’ASES est alignée sur l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
Le directeur de Cabinet a insisté sur la nécessité de promouvoir les mathématiques, les sciences et les technologies. Citant le président Faye, il a rappelé que « c’est fondamentalement par l’éducation et la formation, particulièrement dans les filières scientifiques et techniques, que l’Afrique parviendra à participer avec des chances réelles de succès à la compétition internationale ».
M. Niane a rendu hommage à Maram Kairé, qu’il a qualifié de « modèle inspirant pour les jeunes ».
« Il travaille sans relâche pour promouvoir l’astronomie. Je l’ai vu quand j’étais recteur de l’UGB, sillonner les écoles partout, faire la promotion de l’astronomie sans rien demander », a-t-il témoigné.
Le directeur de Cabinet a annoncé le lancement imminent du processus d’élaboration de la politique et de la stratégie spatiale du Sénégal sous la coordination de l’ASES.
AC/Sf/APA





