Réunis à Dakar lors de la première Matinée de l’innovation climatique du secteur privé, des experts ont invité les entreprises à considérer le changement climatique comme un risque économique majeur, alors que des mécanismes de financement verts, notamment via le Fonds vert pour le climat, sont désormais accessibles au secteur privé.
Le secteur privé sénégalais ne peut plus considérer le changement climatique comme un enjeu périphérique, mais comme un risque économique majeur appelant des réponses stratégiques immédiates, ont estimé mardi des experts réunis à Dakar lors de la première Matinée de l’innovation climatique du secteur privé.
« Les chiffres sont clairs : plus de 70 % des émissions mondiales sont liées aux activités économiques et plus de 80 % des investissements mondiaux proviennent du secteur privé. Sans une implication forte de ce dernier, aucune action climatique crédible n’est possible », a déclaré Mountakha Fall, conseiller technique en communication au ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (METE).
De son côté, Taman Mhoumadi, directrice de African Loop Consulting, a relevé que « les risques climatiques sont aussi des risques économiques. Le secteur privé n’a pas le choix », soulignant que les entreprises doivent désormais intégrer les enjeux climatiques « au cœur même de leur business », et non les cantonner à des actions de responsabilité sociétale isolées.
Selon elle, les questions climatiques sont encore trop souvent traitées de manière marginale dans les organisations, portées en périphérie par les directions RSE, ce qui limite leur impact réel.
« Il ne s’agit pas d’un problème de disponibilité de solutions climatiques, mais d’un problème de choix, de moyens et de déploiement », a-t-elle insisté, appelant à une action collective impliquant le secteur privé, les pouvoirs publics et les acteurs de l’innovation locale. Une orientation qui s’inscrit dans le cadre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) 3.0, en cours de finalisation.
Selon Mountakha Fall, cette nouvelle feuille de route « reconnaît pleinement le secteur privé comme un acteur central de l’atténuation, de l’adaptation et de la transformation durable de l’économie », en cohérence avec la Vision Sénégal 2050 portée par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. « La transition climatique n’est pas une contrainte, mais une opportunité économique majeure », a-t-il souligné.
Sur le plan financier, Madeleine Diouf Sarr, directrice des Changements climatiques, de la Transition écologique et de la Finance verte, a rappelé que des opportunités concrètes existent pour accompagner cette transition.
« Le Fonds vert pour le climat dispose de guichets dédiés au secteur privé, avec des instruments comme des prêts, des garanties ou des prises de participation au capital », a-t-elle indiqué.
Elle a notamment cité la Banque agricole du Sénégal, qui a déjà mobilisé près de 40 millions d’euros auprès du Fonds vert pour le climat et s’apprête à déployer une ligne de crédit destinée principalement au secteur privé agricole.
« L’objectif est de renforcer la résilience face au changement climatique tout en générant des bénéfices économiques pour les acteurs concernés », a-t-elle précisé.
Pour les intervenants, cette première rencontre vise à créer un espace de dialogue franc afin de permettre au secteur privé d’exprimer ses contraintes, ses limites et ses besoins, et d’identifier des solutions climatiques adaptées.
ARD/Sf/APA






