Au cœur des rivalités maghrébines, des routes migratoires et des ingérences extérieures, le Maroc apparaît comme un pôle structurant de l’architecture sécuritaire nord-africaine, selon une analyse de l’Institut italien des affaires internationales, qui souligne toutefois la fragilité des équilibres régionaux.
Le Maroc occupe une position nodale dans les équilibres sécuritaires du Maghreb et de l’espace méditerranéen, selon une étude publiée par l’Instituto Affari Internazionali de Rome. Dans son analyse consacrée au paysage sécuritaire nord-africain, l’institut décrit un environnement marqué par l’imbrication des rivalités interétatiques, des criminalités transfrontalières et des stratégies d’influence étrangères, dont les effets se diffusent bien au-delà des frontières nationales.
Le rapport souligne que les lectures européennes tendent à présenter l’Afrique du Nord comme une périphérie instable, en occultant le rôle des politiques menées au Nord de la Méditerranée dans la production de l’insécurité au Sud. Dans cette configuration, le Maroc est présenté comme un acteur exposé aux recompositions régionales mais engagé dans une politique méthodique de gestion des risques, articulant coopération sécuritaire, diplomatie et projection économique ciblée.
L’étude insiste sur le caractère systémique des menaces. Les réseaux criminels, les groupes armés non étatiques, les organisations djihadistes sahéliennes et les antagonismes entre États forment un continuum de déstabilisation. Cette hybridation, nourrie par la faiblesse de certains appareils étatiques et par l’instrumentalisation des fragilités locales par des puissances extérieures, rend toute lecture strictement nationale des risques largement inopérante.
Dans ce paysage fragmenté, Rabat se distingue par la solidité relative de ses institutions, contrastant avec l’effondrement libyen ou la fragmentation sécuritaire du Sahel central. Cette stabilité n’immunise toutefois pas le Royaume contre les effets de la militarisation progressive des rapports maghrébins, de la reconfiguration des flux migratoires et de la compétition géopolitique accrue sur son flanc sud.
Le rapport accorde une attention particulière à la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, qualifiée de confrontation durable à basse intensité. Cette « guerre froide » régionale se traduit par une course aux armements et par une rhétorique de plus en plus dure. L’analyse relève que la coopération sécuritaire du Maroc avec Israël et ses alliances extérieures sont perçues à Alger comme des facteurs de déséquilibre stratégique, alimentant une méfiance réciproque persistante.
La question migratoire constitue un autre axe central de l’analyse. L’institut souligne que la sécurisation des migrations par l’Europe a contribué à structurer une économie clandestine profitable aux réseaux criminels et aux acteurs armés. Le Maroc se situe à la fois comme pays de départ, de transit et de coopération avec l’Union européenne, dans un système où la fermeture de certaines routes ne fait que déplacer les flux, sans les tarir.
MK/ak/ac/APA






