Le président congolais Félix Tshisekedi a ouvert la porte, mercredi à Kinshasa, à un éventuel troisième mandat via référendum constitutionnel, tout en conditionnant la tenue des élections présidentielles de 2028 à la résolution du conflit armé dans l’est du pays.
Félix Tshisekedi n’écarte plus un troisième mandat. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Kinshasa en marge de la Journée internationale de la liberté de la presse, le chef de l’État congolais a déclaré : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais si le peuple le souhaite, j’accepterai. »
Une sortie qui intervient dans un contexte politique tendu, alors que la majorité présidentielle prépare activement le terrain d’une révision constitutionnelle. Le 30 avril dernier, le député Paul-Gaspard Ngondankoy a défendu devant l’Assemblée nationale une proposition de loi de 93 articles visant à encadrer l’organisation d’un référendum, avec à la clé un mécanisme de changement constitutionnel via une Assemblée constituante. Ce texte avait été déposé dès décembre 2024.
La guerre comme argument
Élu en 2018 puis réélu en 2023, Tshisekedi arrivera au terme de son second, et constitutionnellement dernier, mandat en 2028. Mais le président a également posé une condition à la tenue du prochain scrutin présidentiel.
« Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028 », a-t-il averti, évoquant l’exemple de l’Ukraine. Il a précisé que le scrutin ne saurait être organisé sans la participation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, deux provinces orientales sous emprise du M23 soutenu par le Rwanda.
Sur les slogans de ses partisans favorables au maintien au pouvoir, Tshisekedi a relativisé : « Mes partisans, c’est tout à fait normal qu’ils vantent et qu’ils amènent leurs arguments avec des slogans. Ne prenons pas ça en compte. C’est vraiment de l’ordre du débat. »
Opposition et Église vent debout
Ces déclarations ont immédiatement suscité des réactions. Le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé le projet de révision constitutionnelle, estimant qu’il détourne l’attention des crises que traverse le pays. L’opposant Delly Sessanga a quant à lui accusé le pouvoir d’instrumentaliser la guerre pour geler la vie démocratique, rappelant que Tshisekedi lui-même avait, en 2016, combattu dans la rue le « glissement électoral » orchestré par son prédécesseur Joseph Kabila.
Face aux critiques, le président s’est défendu. « Je ne veux pas m’accrocher au pouvoir, mais je veux servir mon pays », a-t-il affirmé, se présentant comme le garant de la stabilité et de la dignité de la RDC.
AC/Sf/APA







