À l’occasion de la Journée mondiale contre la traite des personnes, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) souligne l’évolution des réseaux criminels qui exploitent désormais les outils numériques pour recruter des victimes, notamment à travers de fausses offres d’emploi et la criminalité forcée.
Les réseaux criminels adaptent leurs méthodes de recrutement des victimes de traite des personnes en Afrique de l’Ouest et centrale, avec une progression des formes d’exploitation liées aux plateformes numériques et aux escroqueries en ligne, a alerté jeudi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Dans un communiqué publié à l’occasion de la Journée mondiale contre la traite des personnes, célébrée cette année sous le thème « Piégés derrière l’arnaque », l’organisation appelle à renforcer les réponses coordonnées et centrées sur les victimes face à un phénomène en constante mutation.
« La traite des personnes évolue en Afrique de l’Ouest et centrale, et notre réponse collective doit évoluer avec elle », a déclaré Sylvia Ekra, directrice régionale de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.
Selon elle, qu’une personne soit exploitée dans un foyer, une exploitation agricole, une mine, dans la rue ou derrière un écran, elle est victime de traite lorsque la contrainte, la tromperie ou l’abus sont présents.
Elle a également appelé à considérer les personnes contraintes de participer à des escroqueries en ligne ou à d’autres activités criminelles comme des victimes nécessitant protection, accompagnement et soutien, plutôt que comme des auteurs d’infractions.
L’OIM souligne que les centres d’escroquerie en ligne, particulièrement documentés en Asie, constituent désormais une menace dont certains mécanismes apparaissent également pertinents pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Les trafiquants utilisent notamment de fausses promesses d’emploi à l’étranger, des visas touristiques présentés comme des opportunités professionnelles, la confiscation de documents, l’endettement et la pression financière pour piéger leurs victimes.
En 2026, l’OIM a déjà apporté une assistance à 1 513 victimes de traite dans la région, dont 1 022 femmes et 491 hommes, selon les données arrêtées au 16 juillet. Les femmes représentent plus des deux tiers des personnes accompagnées, notamment dans des cas d’exploitation sexuelle, de servitude domestique, de mariages forcés ou d’exploitation par le travail.
Les hommes et les garçons sont également ciblés, notamment dans les secteurs minier et agricole, le travail forcé, la mendicité forcée, les recrutements frauduleux et la criminalité imposée par les réseaux criminels.
Entre 2017 et 2026, l’OIM indique avoir assisté 12 308 victimes de traite en Afrique de l’Ouest et centrale, dont 3 185 hommes.
L’organisation rappelle que la traite ne concerne pas uniquement les déplacements vers l’extérieur du continent. Quatre des dix principaux pays de destination des victimes assistées par l’OIM entre 2017 et 2026 se trouvent en Afrique de l’Ouest et centrale, illustrant l’importance des dynamiques de traite intra-africaine.
« Les réseaux de traite opèrent à travers les frontières, les corridors migratoires, les communautés, les espaces numériques et les marchés du travail. La protection ne peut pas s’arrêter à une frontière ou à un seul point de retour », a insisté Sylvia Ekra.
Face à cette situation, l’OIM préconise une approche basée sur les itinéraires migratoires, permettant d’identifier et d’accompagner les personnes vulnérables tout au long de leur parcours, grâce à des mécanismes d’orientation, une assistance juridique, un soutien psychosocial, un hébergement, ainsi que des programmes de retour volontaire et de réintégration.
À travers ses programmes dans la région, l’organisation accompagne les gouvernements, les organisations de la société civile et les acteurs communautaires dans le renforcement des dispositifs de protection, notamment via des centres de transit, des mécanismes d’aide aux migrants et des actions de sensibilisation.
L’OIM insiste également sur la prévention, en s’attaquant aux facteurs exploités par les trafiquants, notamment le chômage, la pauvreté, l’exclusion sociale, le manque d’accès à l’éducation et aux compétences professionnelles, ainsi que l’absence de voies migratoires sûres et régulières.
Dans une région où la mobilité demeure un facteur essentiel d’intégration économique et sociale, l’organisation estime que la lutte contre la traite doit s’inscrire dans une amélioration globale de la gouvernance migratoire.
AC/Sf/APA







