Le redémarrage de la mine d’or malienne Loulo‑Gounkoto, sous administration provisoire, ravive le bras de fer fiscal et juridique entre Bamako et Barrick Gold, désormais porté devant un arbitrage international.
La mine d’or de Loulo‑Gounkoto, l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest, cristallise un conflit grandissant entre l’État malien et Barrick Gold, troisième producteur mondial d’or. Après près de six mois d’arrêt, le complexe a redémarré ses activités le lundi 7 juillet 2025, sous la direction d’un administrateur provisoire désigné par la justice. Cette relance s’accompagne de la vente annoncée d’une tonne d’or stockée sur place depuis janvier, pour une valeur estimée à environ 107 millions USD (près de 65 milliards FCFA), selon des estimations reprises par plusieurs sources crédibles.
Depuis janvier, le site, qui assurait jusqu’à 15 % de la production annuelle de Barrick, avait été saisi par l’État pour régler des litiges fiscaux et imposer le nouveau code minier malien. Trois tonnes d’or avaient déjà été confisquées et l’exploitation suspendue, entraînant un arbitrage international engagé par Barrick devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Face à cette procédure, le Mali a confirmé début juillet avoir mandaté des avocats spécialisés pour le représenter devant le tribunal d’arbitrage.
Le gouvernement a confié la gestion provisoire du site à Soumana Makadji, ancien ministre de la Santé, épaulé par Samba Touré, ex‑cadre du site. Ils ont réuni syndicats et sous‑traitants pour présenter la stratégie de relance et assurer le paiement des arriérés salariaux grâce à la vente de l’or. Selon plusieurs sources internes, il faudra cependant « au moins quatre mois » pour rétablir la production à son niveau antérieur, et plus encore sans la coopération des équipes expatriées de Barrick, qui ont quitté le pays.
Mark Bristow, PDG de Barrick, dénonce une « reprise illégitime » et menace de recourir à « toutes les voies juridiques » pour protéger les investissements et le personnel. La société rappelle que seuls les employés basés à Bamako ont été payés pour juin, tandis que ceux sur site attendent toujours leur rémunération. Barrick a en outre revu à la baisse ses prévisions de production pour 2025.
Cet épisode souligne les tensions entre la volonté de l’État d’accroître sa part des revenus miniers — dans un contexte de flambée de l’or de + 25 % depuis janvier — et la confiance des investisseurs étrangers. L’évolution de l’affaire devant les juridictions internationales sera déterminante pour l’avenir de ce secteur, qui pèse plus de 9 % du PIB malien.
MD/ac/Sf/APA







