La Banque mondiale estime que l’ambition du Nigéria de devenir une économie de 1 000 milliards de dollars d’ici 2050 dépendra en grande partie des investissements engagés dès les premières années de vie. Selon l’institution, les retards accumulés avant l’âge de cinq ans pourraient freiner durablement la productivité et compromettre la croissance à long terme.
La capacité du Nigéria à atteindre le seuil d’une économie de 1.000 milliards de dollars à l’horizon 2050 repose sur un levier souvent négligé : le développement de la petite enfance. C’est le message porté mardi à Abuja par Ritgak Tilley-Gyado, responsable du Programme petite enfance à la Banque mondiale, lors d’un dialogue de haut niveau consacré à la productivité et aux choix de croissance du pays.
Organisée par SBM Intelligence en collaboration avec la Banque mondiale et plusieurs groupes de réflexion nigérians, la rencontre a mis en lumière le lien direct entre capital humain et performance économique.
« Le Nigéria peut-il devenir une économie de 1 000 milliards de dollars d’ici 2050 sans investir délibérément dans ses plus jeunes citoyens ? », a interrogé Tilley-Gyado. D’ici là, les enfants actuellement âgés de 0 à 5 ans constitueront une part essentielle de la population active. Pour elle, les débats centrés sur les réformes macroéconomiques et les infrastructures occultent trop souvent les fondements du capital humain, qui se construisent dès la naissance.
Elle souligne que les écarts d’apprentissage, de santé et de compétences apparaissent fréquemment avant cinq ans et deviennent ensuite coûteux, voire difficiles, à combler. « Investir dans la petite enfance n’est pas une dépense sociale. C’est une stratégie économique », a-t-elle insisté, rappelant que les inégalités traitées tardivement ont déjà des racines profondes.
L’experte a également pointé la fragmentation des politiques publiques entre ministères, plaidant pour une approche intégrée combinant santé, nutrition, assainissement, sécurité et apprentissage précoce. Selon elle, la démographie dynamique du Nigéria ne garantit pas, à elle seule, la prospérité. Une population jeune ne devient un atout que si ses enfants développent les capacités nécessaires pour réussir à l’âge adulte.
S’appuyant sur des données internationales, elle a indiqué que chaque dollar investi dans les premières années de vie peut générer jusqu’à 13 dollars de retombées économiques à long terme, en gains de productivité et en réduction des coûts sociaux.
De son côté, Ikemesit Effiong, associé-gérant de SBM Intelligence, a estimé que le pays perd un potentiel de productivité dès les premières années de la vie, bien avant l’entrée à l’école. Citant l’Enquête démographique et de santé 2024, il a relevé que la mortalité des moins de cinq ans a reculé, passant d’environ 132 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2018 à près de 110 en 2024. Toutefois, la mortalité néonatale reste élevée, autour de 41 décès pour 1 000 naissances vivantes, et près de 40 % des enfants souffrent de retard de croissance.
Pour Effiong, il s’agit d’une « crise de productivité » qui se joue vingt ans avant l’entrée sur le marché du travail. Un sous-investissement persistant durant les 1 000 premiers jours de vie risque, selon lui, de réduire l’efficacité des dépenses ultérieures en éducation et en formation.
Intervenant également lors du dialogue, la Dre Tosin Olorunmoteni, neuroscientifique pédiatrique à l’Université Obafemi Awolowo, a rappelé que le développement cérébral est le plus rapide durant les 2 000 premiers jours. Elle a alerté sur la situation préoccupante des enfants nigérians : pauvreté élevée, malnutrition chronique, déscolarisation et exposition à la violence et à un environnement sanitaire fragile.
Elle a plaidé pour une stratégie nationale globale et multisectorielle, combinant soutien universel et interventions ciblées, appuyée par des systèmes de données renforcés et une meilleure coordination des services.
Pour la Banque mondiale et ses partenaires, le pari d’une économie de 1 000 milliards de dollars ne se gagnera pas uniquement dans les réformes budgétaires ou les grands projets d’infrastructures, mais dans les crèches, les centres de santé et les foyers où se construit, dès aujourd’hui, la main-d’œuvre de demain.
GIK/fss/ac/Sf/APA







