Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a publié samedi 17 octobre 2026 un rapport détaillé sur l’évacuation de 1 964 ressortissants du pays d’Afrique du Sud, organisée entre mai et septembre après une recrudescence des violences xénophobes. L’opération a coûté environ 4,27 millions de dollars, dont 1,37 million apporté par l’entreprise privée Engineers and Planners.
Le coût total de l’évacuation des ressortissants ghanéens d’Afrique du Sud s’élève à 4,27 millions de dollars, selon le rapport publié samedi par le ministère des Affaires étrangères. Le document reprend les déclarations du ministre Samuel Okudzeto Ablakwa lors d’un point de presse tenu le 7 septembre 2026 à Accra.
L’opération, lancée le 27 mai et achevée le 4 septembre, a permis le retour de 1 964 Ghanéens, dans un contexte marqué par une recrudescence des violences et des intimidations visant les ressortissants étrangers en Afrique du Sud, notamment dans le centre commercial de Durban, dans la province du KwaZulu-Natal.
Sur le montant total, environ 3,33 millions de dollars ont été consacrés aux vols affrétés, aux billets d’avion, au transport terrestre, à l’alimentation, à l’hébergement ainsi qu’aux frais médicaux et d’hospitalisation. Les aides à la réintégration et au transport ont représenté environ 926 700 dollars, tandis que 7 230 dollars ont servi au rapatriement de deux dépouilles.
Le gouvernement ghanéen a financé environ 2,89 millions de dollars, tandis que l’entreprise Engineers and Planners, appartenant à l’homme d’affaires Ibrahim Mahama, a contribué à hauteur de 1,37 million de dollars, selon le rapport.
Chaque personne évacuée a reçu une aide à la réintégration d’environ 429 dollars et une allocation de transport de près de 43 dollars. Les mesures d’accompagnement comprenaient également des examens médicaux gratuits, l’inscription à l’assurance maladie nationale, la distribution de cartes SIM avec du crédit téléphonique, des aides alimentaires ainsi qu’un soutien psychosocial.
Le ministère a indiqué que les personnes rapatriées avaient été inscrites dans une base de données nationale afin de faciliter leur accès à des possibilités d’emploi, à des formations professionnelles, à des programmes d’entrepreneuriat et à des aides à la création d’entreprises.
Quatre ressortissants ghanéens morts
Le rapport fait état de quatre ressortissants ghanéens décédés dans le contexte des violences et des intimidations visant les étrangers en Afrique du Sud.
Bashiru Issahaq, âgé de 44 ans et père de trois enfants, a été tué le 30 juin 2026 à Khayelitsha, près du Cap, lors d’attaques contre des étrangers. Kwadwo Antwi a été assassiné le 18 juillet à Prieska, dans la province du Cap-Nord, tandis qu’Amoonu Jailor Nash a été tué le 3 avril à East London.
Le quatrième ressortissant, Ebenezer Ayi Tawiah, malade et confronté à des difficultés d’accès aux soins en raison des intimidations, est décédé le 17 août à son arrivée à l’aéroport international d’Accra.
Selon le ministre Samuel Okudzeto Ablakwa, les autorités ghanéennes poursuivent leurs démarches auprès des autorités sud-africaines pour que les circonstances de ces décès soient établies et que les responsables soient traduits en justice.
Dans le cas de Bashiru Issahaq, une autopsie pratiquée au Ghana n’a pas permis de déterminer avec certitude la cause du décès, en raison de l’état du corps. Le gouvernement a indiqué attendre les résultats des investigations menées en Afrique du Sud.
Accra saisit l’Union africaine
Face à la persistance des violences, le Ghana a engagé une démarche diplomatique à l’échelle continentale. Le 6 mai 2026, Accra a officiellement saisi le président de la Commission de l’Union africaine (UA) pour demander l’inscription des attaques xénophobes en Afrique du Sud à l’ordre du jour de l’organisation.
La démarche met en avant les pertes en vies humaines, les agressions contre les migrants africains, les destructions de commerces et les risques que ces violences font peser sur l’unité africaine, la libre circulation et l’intégration continentale.
Selon Samuel Okudzeto Ablakwa, cette initiative a reçu le soutien unanime des chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao. La Commission de l’UA a indiqué que la question devrait être examinée lors du prochain sommet de l’organisation, prévu en janvier 2027.
Le président ghanéen John Dramani Mahama avait également abordé le sujet avec le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, lors d’une rencontre à Accra le 22 juillet 2026. Le responsable de l’organisation continentale avait fait état de ses échanges avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le ministre sud-africain des Relations internationales et de la coopération, Ronald Lamola.
Au niveau bilatéral, le Ghana a officiellement exprimé ses préoccupations aux autorités sud-africaines. Samuel Okudzeto Ablakwa a indiqué avoir directement échangé avec son homologue sud-africain et convoqué le haut-commissaire sud-africain par intérim à Accra afin de protester contre les attaques et de demander des garanties pour la sécurité des ressortissants ghanéens.
Le ministre a enfin annoncé le lancement prochain d’un Fonds consulaire de la diaspora ghanéenne destiné à financer les interventions d’urgence en faveur des citoyens du pays confrontés à des situations de crise à l’étranger.
Depuis avril 2026, des groupes anti-immigration, notamment « March and March » et « Operation Dudula », ont intensifié leurs actions contre les ressortissants étrangers en Afrique du Sud. Leurs membres sont notamment accusés d’interpeller des personnes dans les espaces publics, de vérifier leur nationalité et leur statut migratoire et de s’en prendre à certains commerces. Des appels demandant aux étrangers de quitter le pays avant le 30 juin 2026 ont contribué à accentuer les inquiétudes des communautés migrantes.
AC/APA





