Nommé le vendredi 16 octobre par Mohammed VI, le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri conjugue renouvellement politique et continuité, en associant les partis de la majorité à des profils issus de l’administration et du monde universitaire.
Première femme à accéder à la tête du gouvernement marocain, Fatima Ezzahra El Mansouri prend les commandes d’une équipe de 32 membres, elle comprise. L’ancienne ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat devra coordonner un exécutif réunissant plusieurs figures de premier plan du Parti authenticité et modernité (PAM), de l’Istiqlal, de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et du Parti du progrès et du socialisme (PPS).
Cette coalition rapproche le PAM des trois principales formations issues de la Koutla démocratique, alliance historique constituée en 1992. Elle marque notamment le retour de l’USFP et du PPS aux responsabilités gouvernementales après leur passage dans l’opposition durant la précédente législature.
Le PAM au cœur du dispositif
Les affiliations politiques identifiées font apparaître une présence dominante du PAM, avec onze membres, cheffe du gouvernement comprise. Le parti contrôle notamment la Justice, confiée à Abdellatif Ouahbi, et le département élargi de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, attribué à Mohamed Mehdi Bensaid.
Fouzi Lekjaa, qui a rejoint le PAM en juillet dernier, prend la tête de l’Économie, des Finances et de la Performance publique. L’association de ces compétences le place au centre des arbitrages entre financement des politiques publiques et évaluation de leurs résultats.
Le parti compte également Azzeddine El Midaoui à l’Enseignement supérieur, Khalid Hatimy à l’Agriculture et Samir Belfkih à l’Aménagement du territoire, ce dernier assumant aussi la fonction de porte-parole du gouvernement. Najwa Koukouss, Kouloub Faitah, Fatima Saadi et Salah-Eddine Abkari complètent cette représentation.
L’Istiqlal dispose de six membres identifiés, autour de Nizar Baraka, chargé de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts. Ryad Mezzour dirige un ensemble réunissant l’Industrie, le Commerce, l’Investissement et l’Inclusion économique, tandis qu’Abdessamad Kayouh conserve le Transport et la Logistique. Omar Hejira, Madiha Khayr et Abdeljabbar Errachidi occupent des fonctions de ministres délégués.
La gauche attendue sur les dossiers sociaux
L’USFP compte quatre représentants : Abderrahim Chahid à l’Emploi et au Dialogue social, Ahmed Mehdi Mezouari à la Pêche maritime, Kamal Hachoumi au Préscolaire et à la lutte contre la déperdition scolaire, et Aïcha Guellaa à la Réforme de l’administration.
Ancien président du groupe socialiste à la Chambre des représentants, Chahid passe ainsi de la critique parlementaire à la conduite d’un département directement exposé aux attentes en matière d’emploi et de relations sociales.
Le PPS retrouve pour sa part trois responsabilités. Nabil Benabdallah, ancien ministre de la Communication, prend en charge l’Éducation nationale, le Préscolaire, la Formation professionnelle et la Qualification. Cette nomination place une personnalité politique expérimentée à la tête d’un secteur où la capacité de négociation sera déterminante. Charafat Afailal, ancienne responsable ministérielle de l’Eau, revient à l’exécutif avec l’Énergie, les Mines et le Développement durable. Rachid Hamouni est chargé de l’Inclusion sociale.
Ces appartenances ne préjugent toutefois pas de la répartition négociée des postes entre les partis, certaines personnalités pouvant être proposées sans être encartées.
Des profils institutionnels et scientifiques
Le maintien d’Abdelouafi Laftit à l’Intérieur, de Nasser Bourita aux Affaires étrangères, d’Ahmed Toufiq aux Habous et d’Abdeltif Loudyi à l’Administration de la Défense nationale constitue le principal marqueur de continuité.
L’arrivée de Hassan Tariq au Secrétariat général du gouvernement apporte un profil de juriste, d’universitaire et d’ancien Médiateur du Royaume. Son passé de député USFP ne permet pas, à lui seul, de rattacher son poste au contingent actuel du parti.
À la Santé et à la Protection sociale, Youns Bjijou présente un parcours essentiellement scientifique et gestionnaire. Professeur d’anatomie, de chirurgie expérimentale et de microchirurgie à Rabat, il a exercé comme directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé et secrétaire perpétuel de l’African Academy of Health Sciences. Aucune affiliation partisane n’a pu être confirmée à ce stade.
Ahmed Rahhou, passé par la banque, la diplomatie et la présidence du Conseil de la concurrence, reçoit l’Intelligence artificielle, la Transformation numérique et la Réforme de l’administration. Ce regroupement ouvre la possibilité d’articuler innovation technologique et amélioration des services publics.
L’équipe compte sept femmes, soit près de 22 % de ses membres. Au-delà de l’accession d’une femme à sa tête, elle sera attendue sur sa capacité à faire travailler ensemble responsables politiques et profils techniques, et à traduire ses compétences élargies en résultats dans l’éducation, la santé et l’emploi.
Une majorité « homogène », selon El Mansouri.
À l’issue de la cérémonie de nomination, Fatima Ezzahra El Mansouri a affirmé que le gouvernement œuvrerait à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un programme ambitieux, répondant aux attentes des citoyens et aux grands défis du pays, conformément aux orientations du roi Mohammed VI contenues dans les discours du Trône et de l’ouverture du Parlement.
« Ce gouvernement est composé d’un groupe de travail formé de quatre partis politiques ayant en partage une proximité référentielle et une convergence de programmes, avec lesquels nous avons travaillé, par le passé, à partir de différentes positions. Aujourd’hui, ces partis forment une majorité homogène avec une vision unifiée et un programme d’action commun », a-t-elle déclaré à la presse.
Se disant honorée de la nomination des membres du gouvernement par le Souverain, Mme El Mansouri a souligné que le nouvel exécutif réunissait des compétences reconnues pour leur expertise, tout en mettant en avant la représentation des femmes et des jeunes.
Elle a précisé que le programme gouvernemental serait présenté devant les deux Chambres du Parlement et proposerait des solutions aux aspirations des citoyens. Sa mise en œuvre, a-t-elle ajouté, sera conduite dans un esprit de responsabilité, à travers des politiques publiques destinées à produire un impact positif sur la société.
AK/Sf/APA





