Près de 920 000 Gabonais sont attendus aux urnes ce samedi 12 avril pour élire leur futur président, 20 mois après le coup d’État ayant renversé Ali Bongo Ondimba et mis fin à 56 ans de pouvoir dynastique.
Huit candidats sont en lice au Gabon, dont l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal opposant au général Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce dernier, qui avait initialement promis de ne pas se présenter à la présidentielle, est aujourd’hui candidat à ce scrutin considéré comme décisif pour le retour à l’ordre constitutionnel. Le président élu exercera un mandat de sept ans, doté de pouvoirs élargis selon la nouvelle Constitution adoptée à l’issue du référendum du 16 novembre 2024.
Dans les rues de Libreville, les attentes des citoyens sont palpables : emploi, sécurité, accès à l’eau et à l’électricité. « Les jeunes Gabonais espèrent plus d’opportunités avec le choix qu’ils feront », confie une jeune fille interrogée dans la capitale, illustrant les espoirs suscités par cette élection.
Malgré ses ressources naturelles abondantes, le Gabon reste confronté à de profondes inégalités. Selon la Banque mondiale, environ un tiers de la population vit dans la pauvreté, un taux trois fois plus élevé dans les zones rurales qu’en milieu urbain. Pour nombre d’électeurs, la diversification de l’économie, la lutte contre la corruption et l’amélioration des infrastructures sont des priorités absolues.
« Les enjeux de cette présidentielle sont énormes. C’est une élection qui nous permet de sortir d’une période de transition (…). Les Gabonais le vivent comme l’espoir d’un renouveau », a déclaré sur France 24 Lysiane Neyer Kenga, analyste politique gabonaise.
Environ 920 200 Gabonais, dont 892 057 au Gabon et 28 143 à l’étranger, sont attendus pour voter lors de cette élection présidentielle. L’atmosphère est nettement plus apaisée que lors des précédents scrutins souvent marqués par des tensions. Pour le juriste Augustin Emane, « le Gabon était en léthargie profonde », mais la transition, bien qu’imparfaite, donne le sentiment que « le pays est en mouvement ».
Plusieurs missions d’observation internationale ont été déployées, notamment celles de l’Union africaine, du Commonwealth et de la Francophonie. La mission du Commonwealth est dirigée par l’ancien président seychellois Danny Faure, celle de l’Union africaine par l’ex-Premier ministre de Sao Tomé-et-Principe, Patrice Trovoada, et l’ancien président burundais Domitien Ndayizeye. La mission de la Francophonie est conduite par Désiré Nyaruhirira, conseiller diplomatique de la secrétaire générale Louise Mushikiwabo.
Brice Clotaire Oligui Nguema bénéficie du soutien d’une large coalition de partis et d’acteurs de la société civile regroupés au sein du « Rassemblement des bâtisseurs », une plateforme centrée sur la « reconstruction des infrastructures du pays ». Le général promet plus de transparence dans la gouvernance publique, ainsi qu’une priorité aux infrastructures modernes, aux routes, aux transports et au développement durable.
Face à lui, Alain-Claude Bilie-By-Nze se présente comme « la seule alternative aux militaires ». Il critique « une transition dispendieuse bâtie sur une illusion » et estime que « le général Oligui est dans le système depuis Omar Bongo. Il n’est pas un homme neuf ». Se disant résolu à « mettre un terme à ce système », il affirme se présenter « pour gagner ».
Les six autres candidats, dont la seule femme en lice, Zenaba Gninga Chaning, tentent de se faire entendre, malgré une visibilité limitée. Leur capacité à mobiliser l’électorat reste incertaine. En revanche, le taux de participation sera particulièrement scruté, après un référendum constitutionnel controversé en novembre dernier marqué par une mobilisation mitigée de 54 % des électeurs.
ODL/ac/Sf/APA







