Le Sénégal et le Royaume-Uni amorcent un tournant stratégique en privilégiant des partenariats industriels fondés sur le co-investissement, avec à la clé une mobilisation accrue de capitaux privés et des projets structurants. Cette dynamique, portée par le DIIF 2026, illustre la volonté de Dakar de passer d’un simple positionnement attractif à une offre industrielle concrète et immédiatement opérationnelle.
En cinq ans, le commerce bilatéral entre le Sénégal et le Royaume-Uni a été multiplié par quatre pour atteindre 700 milliards de francs CFA en 2025. Derrière ce bond spectaculaire, une mutation profonde : Londres tourne la page de la coopération traditionnelle fondée sur les dons et les subventions pour embrasser un modèle d’investissement industriel partenarial.
C’est tout le sens du Dakar Industrial Investment Forum (DIIF 2026), qui a réuni ce jeudi plus de 150 décideurs dans la capitale sénégalaise.
« L’aide au développement a dû s’adapter à un contexte marqué par la réduction des budgets publics, l’ampleur croissante des besoins en investissement et la nécessité de soutenir des dynamiques d’industrialisation avant tout nationales », a expliqué Noémie Chomet, Conseillère économique à l’Ambassade du Royaume-Uni et responsable du programme Manufacturing Africa.
Le temps des chèques est révolu. Désormais, l’objectif britannique est d’« utiliser les ressources publiques de manière stratégique afin de mobiliser davantage de capitaux privés », a-t-elle poursuivi.
Des garanties qui débloquent des milliards
Ce changement de posture produit déjà des effets mesurables. Les garanties apportées par le Royaume-Uni via les banques multilatérales de développement ont permis de mobiliser plus de 6 milliards de dollars de financements supplémentaires, y compris pour des projets de la Banque africaine de développement (BAD) au Sénégal.
British International Investment a de son côté investi dans des projets structurants comme le port de Ndayane et le Bus Rapid Transit (Brt) de Dakar.
Au niveau du programme Manufacturing Africa lui-même, le bilan est déjà salutaire. Selon ses promoteurs, en trois ans au Sénégal, plus de 260 millions de dollars ont été mobilisés en faveur des industries locales.
Sur sept ans et dans une cinquantaine de pays africains, ce sont plus de 60 entreprises accompagnées qui ont levé des fonds, pour un total dépassant les 2 milliards de dollars, a fait savoir Idrissa Wone, Country Manager de Manufacturing Africa.
Cette évolution ne se lit pas seulement dans les chiffres macro. Elle se voit aussi dans des exemples concrets. Deux entreprises britanniques, implantées au Sénégal, approvisionnent déjà le Royaume-Uni en fruits et légumes frais pendant la période hivernale européenne.
Un signal, selon Noémie Chomet, du potentiel du Sénégal à s’insérer durablement dans les chaînes de valeur britanniques, tout en renforçant les revenus des communautés rurales locales.
« Un nombre croissant d’entreprises britanniques investissent ou envisagent d’investir au Sénégal, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agro-industrie, ainsi que dans de nombreux autres domaines stratégiques. Cette dynamique témoigne d’une conviction partagée : le Sénégal dispose d’un potentiel considérable », a indiqué Samuel Nicholls, Chargé d’affaires à l’Ambassade du Royaume-Uni.
Une offre industrielle, pas un potentiel
Côté sénégalais, le ton est également celui de la rupture. Selon le ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, « il ne s’agit plus seulement (pour Dakar) de présenter un potentiel, mais de mettre en avant une offre industrielle réelle, organisée et accessible aux investisseurs. »
Celle-ci s’appuie sur 45 agropoles et une vingtaine de zones industrielles déployées à travers le pays, avec des plateformes déjà aménagées et exploitables.
Pour séduire les investisseurs, le gouvernement mise aussi sur la flexibilité : installation clés en main, co-développement en partenariat public-privé ou concession de zones industrielles. « Nous sommes ouverts à explorer avec chaque investisseur la formule la mieux adaptée à son projet et à ses ambitions », a-t-il assuré.
Ce volontarisme s’appuie sur une Politique industrielle et commerciale formalisée dans le cadre de l’Agenda Sénégal 2050, élaborée avec le secteur privé et les collectivités territoriales. Des contrats-programmes par filière, instaurant des engagements réciproques et mesurables entre l’État et les entreprises, viennent compléter le dispositif.
Malgré ces avancées, le chemin reste long. Moins de 1 % des capitaux gérés par les grands investisseurs mondiaux sont aujourd’hui dirigés vers l’Afrique. C’est précisément pour inverser cette tendance que le DIIF entend peser, en faisant du pays de la Teranga, selon le mot du ministre, « un hub industriel de référence » en Afrique de l’Ouest.
« Le Sénégal est aujourd’hui prêt. La vision est claire. Les outils sont en place. Les projets sont identifiés », a conclu Serigne Guèye Diop.
ARD/ac/Sf/APA







