En matière de blanchiment d’argent, l’Algérie tente de se doter d’un bouclier juridique contre une corruption qu’elle peine à contenir.
Le Registre national des bénéficiaires algériens effectifs, instauré en 2023, est présenté par Alger comme un outil stratégique de lutte contre le blanchiment et les flux financiers illicites. Mais derrière cette initiative, se dessine une réalité plus profonde : celle d’un système économique miné par des décennies de pratiques opaques, largement tolérées, voire alimentées, par les cercles du pouvoir.
Officiellement, l’Algérie renforce son arsenal juridique pour faire face aux menaces transnationales liées au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Le ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché, Tayeb Zitouni, a affirmé que le Registre national des bénéficiaires effectifs, hébergé par le Centre national du registre du commerce (CNRC), constitue la « première ligne de défense » contre ces dérives. Ce registre impose aux sociétés d’identifier les personnes physiques qui détiennent ou contrôlent au moins 20 % du capital ou des droits de vote, dans le but de lever l’opacité sur les structures juridiques utilisées pour dissimuler les bénéficiaires réels des entreprises.
Dans son allocution, le ministre a insisté sur l’importance de la transparence déclarative pour renforcer la confiance des investisseurs et aligner l’économie algérienne sur les standards du Groupe d’action financière (GAFI). Il a souligné que cette démarche s’inscrivait dans une volonté d’assainissement et de modernisation du cadre juridique, conforme aux recommandations internationales.
Mais cette rhétorique officielle peine à masquer une crise de crédibilité plus large, alimentée par un système économique profondément gangréné par la corruption, où les circuits de blanchiment d’argent, l’évasion fiscale, et les détournements de fonds publics se sont institutionnalisés sur plusieurs décennies. L’impunité systémique, la connivence entre élites politico-administratives et milieux d’affaires ainsi que l’absence chronique de contre-pouvoirs efficaces ont contribué à structurer un écosystème opaque, difficile à déraciner.
Le nouveau dispositif, bien qu’en apparence conforme aux recommandations du GAFI, soulève plusieurs interrogations. Son efficacité repose entièrement sur la bonne volonté des entreprises à déclarer volontairement leurs bénéficiaires réels, dans un pays où les pratiques de prête-noms, les montages offshore et l’utilisation de personnes interposées restent largement répandus. L’État lui-même, via ses propres entreprises ou démembrements, a souvent servi de couverture à des opérations financières échappant à tout contrôle parlementaire ou juridictionnel.
Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a rappelé que l’Algérie était pionnière dans la lutte contre le blanchiment de capitaux. Pourtant, le pays figure depuis des années parmi les juridictions identifiées à haut risque par plusieurs instances internationales en raison du manque de transparence, de la non-indépendance des organes de contrôle et de l’absence de poursuites effectives contre les principaux réseaux de corruption.
MK/ac/Sf:APA






