Incarcéré depuis février pour « atteinte à l’unité nationale » et « propagation de contenus subversifs », l’écrivain franco-algérien devient un symbole des restrictions croissantes à la liberté d’expression.
Le maintien de Boualem Sansal en prison fait débat. Au moment où le décret présidentiel de grâce, signé à l’occasion du 63ᵉ anniversaire de l’indépendance, portait sur 2 380 détenus, dont plusieurs journalistes et militants de second plan. Mais l’exclusion de Boualem Sansal, romancier internationalement reconnu, a été interprétée comme une volonté délibérée de marginaliser une voix critique devenue trop dérangeante pour les autorités. L’auteur du Serment des barbares, de 2084 et de Le Village de l’Allemand, est poursuivi depuis février 2025 après une série de publications sur les réseaux sociaux dénonçant « le vernis démocratique du régime » et qualifiant certaines institutions de « structures creuses, déconnectées du réel populaire ».
L’arrestation de Sansal avait déjà suscité une vague d’indignation au sein de la communauté littéraire. Plusieurs grands prix littéraires, dont le Goncourt, le Femina et le Prix des cinq continents de la francophonie, ont signé une tribune collective appelant à sa libération immédiate. Le Parlement européen a demandé à la Commission d’interpeller officiellement l’Algérie sur la compatibilité de ces poursuites avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Le gouvernement, par la voix du ministre de la Communication, a justifié l’exclusion de Sansal en affirmant que « l’affaire relève strictement du judiciaire » et que « la liberté d’opinion ne saurait être un alibi à l’atteinte aux fondements de la nation ». Des propos jugés ambigus par de nombreuses ONG, dont Amnesty International et Reporters sans frontières, qui y voient une manœuvre pour faire taire toute critique structurée du pouvoir, dans un climat de recentralisation autoritaire.
Les avocats de l’écrivain ont indiqué avoir formé un recours devant le Conseil supérieur de la magistrature, et une demande de libération conditionnelle est en préparation. La famille, elle, reste silencieuse. Des sources proches affirment que Sansal, âgé de 75 ans, souffre de problèmes respiratoires aggravés par les conditions de détention à la prison d’El Harrach.
L’affaire Sansal fait écho à un climat général d’inquiétude quant à l’état des libertés fondamentales en Algérie. Plusieurs journaux indépendants ont vu leurs licences suspendues ces derniers mois, tandis que les autorisations de tournage, d’impression et de publication sont devenues plus restrictives. Des journalistes comme Khaled Drareni ou Ihsane El Kadi, bien que libérés, continuent de subir des restrictions informelles dans leurs activités.
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