Secoué par le drame de l’oued El Harrach, le gouvernement algérien affiche sa volonté de reprendre en main un secteur des transports publics gangrené par des décennies de négligence. Mais derrière les annonces de fermeté et les promesses de modernisation, le plan du ministre des Transports, Saïd Sayoud, révèle aussi les fragilités d’un système économique incapable de se réformer sans crise majeure.
Le ministre algérien des Transports publics a réuni l’ensemble des syndicats et fédérations du secteur pour annoncer un vaste plan de renouvellement du parc de bus. À court terme, les véhicules de plus de 30 ans seront interdits de circulation, puis viendront ceux dépassant les 20 ans. Plus de 30 000 bus sont concernés, soit une part colossale du parc national. Pour une économie fragilisée, contrainte d’importer une grande partie de son matériel roulant et dépendante d’un secteur bancaire peu flexible, l’ampleur de la tâche soulève des doutes.
Le gouvernement promet des exonérations fiscales, des incitations douanières et des crédits bancaires pour accompagner les transporteurs. Il assure également vouloir stimuler une fabrication locale de bus, un vœu pieux déjà formulé à maintes reprises, mais qui se heurte à la faiblesse chronique de l’industrie mécanique algérienne. En réalité, ce plan traduit la dépendance de l’Algérie aux importations et aux financements publics, dans un contexte budgétaire sous tension où les revenus pétroliers servent déjà à colmater d’autres urgences.
La communication officielle insiste sur la « tolérance zéro » face aux transporteurs récalcitrants, accusés de profiter d’un secteur en désordre. Mais le discours martial masque mal une responsabilité plus large : l’État a lui-même laissé prospérer cette « jungle des bus », symbole d’une gouvernance défaillante et d’un manque criant de planification urbaine. Les commissions mixtes promises pour inspecter les véhicules et réguler le secteur risquent de se transformer en nouvelles structures bureaucratiques, sans réelle efficacité sur le terrain.
Si les syndicats saluent des avancées, ils exigent déjà une révision des tarifs, une meilleure régulation du recrutement et des garanties de financement. Autant de points qui révèlent une tension latente : comment imposer un renouvellement massif sans provoquer une flambée des prix du transport, alors que les citoyens subissent déjà une inflation généralisée ?
Au-delà des effets d’annonce, le plan Sayoud illustre la méthode Tebboune : réagir dans l’urgence sous la pression d’un drame, en multipliant promesses de rigueur et aides publiques, sans s’attaquer aux causes structurelles. Le drame de l’oued El Harrach agit comme un révélateur brutal : l’Algérie paie aujourd’hui des décennies d’improvisation dans la gestion de ses services publics.
MK/ac/Sf/APA







