Face aux pressions croissantes des opérateurs et à l’asphyxie progressive des circuits d’importation, le gouvernement algérien opère un revirement tardif, libérant de manière exceptionnelle les cargaisons bloquées dans les ports et zones douanières.
Dans un contexte de blocages logistiques et de crispations croissantes au sein du tissu économique, les autorités algériennes ont annoncé, dimanche, la libération exceptionnelle de l’ensemble des marchandises et produits retenus aux ports, aéroports et zones douanières. La mesure s’applique également aux cargaisons introduites sur le territoire douanier avant le 3 août 2025.
Cette décision intervient à la suite d’une réunion d’urgence tenue entre le ministre du Commerce extérieur, son homologue des Finances, le directeur général des Douanes, les représentants de la Banque d’Algérie et de l’Association des banques, ainsi que des représentants patronaux. Selon le communiqué officiel, cette mesure a été prise sur instruction « des autorités supérieures du pays ».
Si l’annonce vise à désamorcer les tensions liées à la rareté de certains biens et à la paralysie des circuits d’approvisionnement, elle témoigne également du manque de visibilité et de la gestion erratique des flux commerciaux. Depuis plusieurs mois, les opérateurs économiques dénoncent la multiplication des restrictions non officielles sur les importations, les retards dans la délivrance des domiciliations bancaires, ainsi que les arbitrages contradictoires entre politiques de substitution aux importations et impératifs de fonctionnement du marché.
La libération soudaine des cargaisons pourrait permettre, à court terme, de soulager les chaînes logistiques et de réduire les ruptures de stocks, notamment dans les secteurs de la distribution, de l’agroalimentaire et des intrants industriels. Mais elle illustre aussi le caractère improvisé des régulations économiques, dictées davantage par l’urgence que par une stratégie lisible.
La décision du 3 août s’inscrit dans une série de gestes ponctuels déjà observés ces derniers mois, souvent en réaction aux critiques des patrons, des importateurs et des consommateurs. Le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) avait notamment alerté, en juin, sur les risques de déstabilisation de l’activité en raison de l’accumulation de conteneurs bloqués dans les ports, dont certains depuis plusieurs semaines.
Malgré les discours officiels sur la relance de la production nationale et la promotion des exportations, les tergiversations autour du commerce extérieur laissent entrevoir un pilotage hésitant, en décalage avec les promesses de réforme structurelle. Pour de nombreux observateurs, l’Algérie continue de naviguer à vue, dans un climat d’opacité réglementaire et de méfiance croissante entre autorités et acteurs économiques.
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