Les nouvelles annonces du président Abdelmadjid Tebboune sur le phosphate de Bled El Hadba et la future ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset illustrent une nouvelle fois l’ambition affichée des autorités algériennes.
Réuni autour des principaux responsables économiques et financiers du pays, le chef de l’État algérien a fixé deux échéances majeures : l’entrée en production du projet intégré de phosphate de Bled El Hadba au premier trimestre 2027 et le lancement des travaux de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset dès septembre prochain.
Sur le papier, les chiffres sont considérables. Le gisement de Djebel Onk est présenté comme l’un des plus importants du pays avec 840 millions de tonnes exploitables et une durée de vie estimée à près de 80 ans.
Les autorités prévoient une production annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut et 6 millions de tonnes d’engrais transformés. À cela s’ajoutent plusieurs centaines de kilomètres de voies ferrées et l’extension du port d’Annaba destinée à soutenir les exportations.
Pourtant, ces annonces s’inscrivent dans une longue série de projets stratégiques régulièrement présentés comme les futurs moteurs de diversification de l’économie algérienne. Malgré les discours successifs, la dépendance du pays aux revenus des hydrocarbures demeure la caractéristique dominante du modèle économique national.
Chaque nouveau mégaprojet est ainsi investi d’une mission quasi salvatrice : préparer l’après-pétrole et générer de nouvelles sources de devises.
Cette logique nourrit cependant un certain scepticisme parmi les observateurs. Les défis techniques, logistiques et financiers restent considérables. La réalisation simultanée de complexes industriels, d’infrastructures ferroviaires et portuaires exige une mobilisation durable des ressources publiques dans un environnement économique mondial marqué par l’incertitude et la volatilité des marchés des matières premières.
Le projet ferroviaire Alger-Tamanrasset illustre lui aussi cet écart entre ambition et réalité. Présentée comme un axe stratégique reliant la Méditerranée au Sahel, cette infrastructure devra traverser des milliers de kilomètres de territoires désertiques. Son coût réel, sa rentabilité économique et son calendrier effectif de réalisation demeurent encore entourés de nombreuses interrogations.
Au-delà des effets d’annonce, la véritable question reste donc inchangée : l’Algérie parviendra-t-elle à transformer ces projets en moteurs économiques durables ou assistera-t-elle à une nouvelle accumulation de promesses dont les résultats mettront des années à se matérialiser ?
Après plusieurs décennies de plans de relance, de programmes industriels et de grands chantiers, une partie de l’opinion semble désormais attendre moins de discours et davantage de réalisations tangibles. Les échéances fixées pour 2027 constitueront à cet égard un test important pour la crédibilité de cette nouvelle phase de développement annoncée par les autorités.
MK/AK/Sf/APA







