À Agadir, le Maroc a inauguré une usine d’élevage de mouches stériles destinée à protéger ses agrumes. Cette initiative, soutenue par l’AIEA et la FAO, attire désormais l’attention de plusieurs pays africains confrontés aux mêmes ravageurs.
Les mouches des fruits, et plus particulièrement l’espèce invasive Bactrocera dorsalis, causent des ravages dans les vergers africains. Jusqu’à 90 % d’une récolte de mangues peut être perdue selon la région et la saison. Ces insectes compromettent non seulement la sécurité alimentaire locale, mais aussi la capacité des pays exportateurs à respecter les normes phytosanitaires des marchés internationaux.
Le Maroc a récemment franchi un cap avec la mise en service, à Agadir, d’une installation d’élevage en masse de mouches des fruits. L’usine est conçue pour produire 130 millions d’insectes stériles par semaine grâce à la technique de l’insecte stérile (TIS). Cette méthode consiste à irradier les mâles avant de les relâcher, afin de bloquer la reproduction et réduire les populations sauvages. L’infrastructure vise à protéger les 180 000 hectares d’agrumes de la vallée de Souss, qui constituent une part essentielle des exportations marocaines.
En avril dernier, un atelier organisé à Agadir par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a réuni des experts venus de 16 pays africains. Ils ont pu observer le fonctionnement du complexe marocain et échanger sur les modalités d’intégration de la TIS dans leurs propres programmes agricoles.
« L’arrivée de Bactrocera dorsalis en Afrique en 2003 a provoqué des pertes massives et fermé l’accès à plusieurs marchés », rappelle Rui Cardoso Pereira, entomologiste au Centre mixte FAO/AIEA. Selon lui, le Maroc offre désormais un exemple concret d’application réussie de la TIS à l’échelle industrielle.
La fédération professionnelle Maroc Citrus insiste sur les avantages environnementaux et économiques de cette approche. L’usage intensif de pesticides suscite des inquiétudes croissantes, tant du côté des consommateurs que des producteurs confrontés à la résistance accrue des ravageurs. En limitant les infestations de manière biologique, la TIS permet non seulement de préserver les écosystèmes, mais aussi d’améliorer la compétitivité des exportations vers des marchés exigeants comme l’Union européenne.
« Les nouvelles installations du Maroc fourniront un outil déterminant pour réduire les infestations et sécuriser le commerce des agrumes », souligne Dris Barik, directeur de la division santé des plantes à l’Office national marocain de sécurité sanitaire (ONSSA).
L’expérience marocaine s’inscrit dans un cadre plus large : celui de l’initiative Atoms4Food portée conjointement par l’AIEA et la FAO. L’objectif est de déployer des solutions scientifiques pour renforcer la sécurité alimentaire en Afrique. À travers la TIS, il s’agit de réduire les pertes post-récolte, de protéger des cultures stratégiques et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’exportation.
En s’appuyant sur ce modèle, plusieurs États africains envisagent de développer leurs propres infrastructures ou de nouer des partenariats techniques. La diffusion de la TIS pourrait ainsi marquer une étape décisive dans la construction d’une agriculture africaine plus durable et résiliente face aux ravageurs.
MK/Sf/APA






