À travers l’outil SMILER+, les promoteurs du projet RADiUS espèrent révolutionner l’approche du suivi-évaluation en transformant la collecte traditionnelle des données en un système d’apprentissage adaptatif, capable de capter les innovations paysannes et de garantir la redevabilité envers les communautés bénéficiaires.
Dakar accueille, du 18 au 22 août, un atelier stratégique réunissant les partenaires du projet RADiUS (Réseau en agroécologie pour promouvoir la durabilité des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest et du Centre).
Durant cinq jours, 25 experts issus de huit institutions partenaires travaillent à l’élaboration d’un système de suivi-évaluation harmonisé et à l’intégration systématique des dimensions genre dans ce projet financé par l’Union européenne.
Le projet RADiUS, d’une durée de quatre ans (2025-2028), est mis en œuvre par un consortium prestigieux composé du Conseil Ouest et Centre Africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), l’Université Cheikh Anta Diop, le CIRAD, le Catholic Relief Services (CRS), l’International Rescue Committee, l’Institut de recherche agricole pour le développement, l’Université Joseph Ki-Zerbo et l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Il vise à accompagner la transition agroécologique des exploitations agricoles à travers une approche intégrée centrée sur la santé des sols, la gestion durable des bioagresseurs, l’agroforesterie et l’intensification écologique.
RADiUS cible un large éventail d’acteurs : exploitations familiales, groupements de femmes, coopératives, PME agroalimentaires, services de vulgarisation, autorités locales, décideurs publics, bailleurs de fonds et établissements de formation.
« Ce que nous construisons ensemble aujourd’hui n’est pas simplement un outil technique, mais un cadre qui nous permettra de mesurer nos résultats et notre impact, d’assurer la transparence et la redevabilité vis-à-vis des communautés, des autorités locales et des bailleurs, et d’apprendre en permanence pour renforcer l’efficacité de nos interventions », a déclaré Ismaila Diatta, conseiller technique et point focal du projet RADiUS au CRS.
Un système SMILER+ pour une coordination régionale efficace
L’atelier se concentre sur le développement du système SMILER+ (System for Monitoring, Impact Learning and Evaluation), équivalent au système MIL, qui permettra aux partenaires de renseigner et partager les données à travers une plateforme commune accessible dans les cinq pays concernés.
« L’objectif est de mesurer les indicateurs du projet à travers un système uniforme, capable de capter les innovations agroécologiques », a expliqué M. Diatta.
Pour Karamoko Diarra, spécialiste en étude d’impact environnemental et social à l’Université de Dakar, il s’agit d’aller au-delà de la simple collecte. « Durant ces cinq jours, nous allons co-construire un système MIL qui ne se contente pas de collecter des données, mais qui apprend et s’adapte. Des outils qui renforcent la transparence, la redevabilité et la qualité de nos interventions », a-t-il précisé.
Le genre au cœur de la stratégie
L’atelier accorde une place centrale aux questions de genre, avec des sessions dédiées aux liens entre genre et changement climatique, agroécologie, communication agricole et suivi-évaluation.
« Au sein du Coraf, qui coordonne le projet, le genre est considéré comme un facteur clé de réussite », a relevé Dr Fructueuse Ouido, coordonnatrice du projet. Elle souligne que l’agroécologie offre des opportunités aux jeunes et aux femmes, notamment à travers des activités d’économie circulaire comme la production d’engrais biologique.
« Les femmes, souvent confrontées à un accès limité à la terre, peuvent valoriser leurs parcelles grâce aux bonnes pratiques agroécologiques », a-t-elle ajouté.
À l’issue de l’atelier, plusieurs documents clés seront produits ou actualisés : une théorie du changement et un plan de suivi-évaluation harmonisés, des formulaires de collecte de données adaptés aux outils numériques (CommCare), des cartes de flux de données co-construites, un mécanisme de gestion des feedbacks et plaintes, ainsi qu’une stratégie d’intégration du genre dans la mise en œuvre.
« Ensemble, faisons en sorte que les données que nous allons collecter et analyser ne soient pas seulement des chiffres, mais des histoires de changements, de résilience et d’espoir », a conclu Karamoko Diarra.
L’atelier SMILER+ et Genre s’inscrit dans la continuité de plus d’une décennie d’initiatives de recherche-action sur les systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest et du Centre, avec l’ambition de contribuer durablement à la sécurité économique, alimentaire et nutritionnelle des populations de la région.
ARD/ac/Sf/APA





