Le bras de fer entre le pouvoir tchadien et Les Transformateurs s’envenime sur fond de tensions judiciaires et diplomatiques.
La tension ne cesse de monter entre le gouvernement et le parti Les Transformateurs, dont le vice-président a été refoulé à l’aéroport de N’Djamena. Dans une publication sur les réseaux sociaux lundi 14 juillet, le parti a annoncé que son numéro deux, Ndolembai Njessada, ancien ministre de l’Éducation nationale, a été empêché d’embarquer sur un vol à destination de la Turquie le 14 juillet. En plus de cela, les autorités aéroportuaires ont confisqué ses passeports.
« Face à cette dérive autoritaire, nous alertons l’opinion nationale et internationale et condamnons cet acte arbitraire qui constitue une atteinte grave à la liberté de circuler, garantie par notre Constitution », a réagi le parti.
Les Transformateurs accusent les autorités d’être « fermées à tout esprit de dialogue sincère » et de faire « de la répression et des menaces leur principal outil de relations avec les forces politiques qui ne les applaudissent pas ». Le parti promet de ne pas céder à ce qu’il qualifie d’intimidation visant à restreindre les mouvements de ses cadres. Début juin, son deuxième vice-président, Dr Sitack Yombatinan Béni, avait déjà été refoulé à l’aéroport Hassan Djamouss alors qu’il se rendait en France.
Cette série d’interdictions de voyager visant les cadres des Transformateurs intervient alors que le président du parti, Succès Masra, est incarcéré depuis le 16 mai 2025 et reste au centre d’un bras de fer judiciaire et politique. L’opposant avait suspendu le 30 juin une grève de la faim entamée en détention, après sept jours sans nourriture, eau ni médicaments, pour protester contre ce qu’il qualifie d’« injustices imméritées » et exprimer sa « solidarité avec le peuple tchadien ».
Dans une lettre datée du 24 juin, intitulée Lettre d’une prison du Tchad, l’ancien Premier ministre dénonçait les inégalités et l’oppression subies par les populations, appelant à la « libération des énergies d’un peuple prisonnier ». Ses avocats dénoncent une arrestation « injuste et illégale », marquée selon eux par des irrégularités et un « procès politique de haute facture ».
Cette situation tendue a également suscité des réactions sur la scène internationale. Début juillet, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale du Tchad a vivement répondu à une déclaration de son homologue française sur la détention de Succès Masra. Dans un communiqué signé par sa présidente, Dr Outman Haoua, la commission tchadienne s’est dite « surprise et attristée » par une position jugée inappropriée, rappelant que le Tchad est un État souverain, avec une justice indépendante, et que les poursuites contre l’ancien Premier ministre relèvent exclusivement de la justice nationale.
Tout en rejetant « toute forme d’ingérence ou de pression extérieure », la commission a insisté sur le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires internes, réaffirmant sa confiance en la capacité de la justice tchadienne à traiter l’affaire avec impartialité.
CA/Sf/ac/APA







