À l’occasion de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FdD4), en manque de financement même pour l’atteinte de ODD, les pays africains ont plaidé avec vigueur pour une refonte en profondeur du système financier mondial afin qu’il prenne en compte les réalités et vulnérabilités spécifiques au continent.
À la clôture de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FdD4), le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, a rappelé que pour l’Afrique, il ne s’agit pas de débats théoriques, mais de véritables enjeux de survie, de transformation et de souveraineté.
L’Afrique toujours freinée par un système inadapté. Car malgré un besoin estimé à 1 300 milliards de dollars par an pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), les pays africains peinent à lever des ressources à cause de coûts d’emprunt élevés, d’un accès restreint aux financements concessionnels et d’une aversion persistante au risque de la part des investisseurs.
Seuls deux pays africains bénéficient encore du statut investment grade, alors que de nombreux projets dans l’énergie, les infrastructures ou l’agriculture sont jugés viables. Plusieurs pays à revenu intermédiaire, exclus des financements préférentiels, restent pourtant très vulnérables sur les plans social et économique.
La CEA appelle donc à repenser les critères d’éligibilité, à créer une agence africaine de notation de crédit, et à intégrer des indicateurs comme l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle pour mieux refléter les besoins réels.
« Le PIB ne suffit plus à saisir la complexité des conditions de vie. Nous avons besoin d’indicateurs prenant en compte vulnérabilité, résilience et inégalités », a plaidé M. Gatete.
Clôturé par l’adoption de l’Engagement de Séville, un document de 38 pages définissant des mesures volontaires pour améliorer l’accès aux financements et aligner les investissements sur le développement durable, ce sommet a donné une voix forte aux attentes africaines.
Une nouvelle dynamique pour les investissements privés
Parmi les principales annonces, figure la création de la Plateforme d’action pour la mobilisation de l’investissement privé, une initiative conjointe de la CEA, de Convergence Blended Finance, du CAD de l’OCDE et d’autres partenaires.
Cette plateforme vise à mobiliser les capitaux privés à travers le financement mixte, en les orientant vers des projets régionaux stratégiques comme les corridors commerciaux, les zones industrielles ou les infrastructures d’énergie renouvelable.
« Ce n’est pas une nouvelle liste de projets, mais un mécanisme coordonné, dirigé par l’Afrique, pour canaliser les investissements là où ils sont le plus urgents », a expliqué M. Gatete.
Malgré le potentiel du continent, la perception du risque, amplifiée par des modèles dépassés et des notations de crédit peu adaptées, freine les flux d’investissement. Pour la CEA, l’amélioration de l’architecture financière mondiale et la réduction des risques perçus sont cruciales pour attirer les investisseurs à long terme.
Moderniser la gestion de la dette et renforcer le suivi
L’Afrique a également défendu une réforme des mécanismes de gestion de la dette souveraine, y compris l’intégration des créanciers privés, des pays à revenu intermédiaire et des instruments comme les échanges dette-climat ou les obligations de transition.
L’Engagement de Séville préconise un renforcement de la transparence, un recours accru aux droits de tirage spéciaux (DTS) et des évaluations régulières.
Pour garantir une mise en œuvre efficace, la CEA propose la création d’un système intégré de suivi du financement du développement, appuyé par des observatoires régionaux et des unités nationales, en collaboration avec l’Union africaine et la Banque africaine de développement.
« Sans données fiables pour suivre les financements et leurs usages, nous risquons de perdre en crédibilité », a mis en garde M. Gatete.
Vers une mise en œuvre concrète
Au-delà des engagements politiques, la réussite de la FdD4 dépendra de la capacité des États africains et de leurs partenaires à traduire ces orientations en actions concrètes et coordonnées.
La CEA s’est engagée à accompagner ses États membres en mettant à leur disposition des outils techniques, des plateformes de dialogue et des systèmes de données fiables.
« Le véritable test de Séville ne sera pas ce que nous avons déclaré ici, mais ce que nous serons capables de mettre en œuvre sur le terrain », a conclu M. Gatete.
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