Plus d’une femme enceinte ou allaitante sur cinq dépistée par Médecins Sans Frontières (MSF) à Adré, dans l’est du Tchad, souffrait de malnutrition aiguë au premier semestre 2026, une situation que l’organisation humanitaire qualifie de préoccupante et révélatrice des insuffisances de la réponse humanitaire dans cette zone frontalière avec le Soudan.
Dans une déclaration transmise vendredi à APA, MSF indique que 21,2 % des 5 785 femmes enceintes ou allaitantes dépistées entre janvier et juin étaient atteintes de malnutrition aiguë, un taux largement supérieur au seuil d’urgence de 15 % retenu pour caractériser une crise humanitaire critique.
Parmi ces femmes, 937 (16,2 %) présentaient une malnutrition aiguë modérée et 288 (5 %) une malnutrition aiguë sévère. Selon l’organisation, ces situations accroissent fortement les risques de fausse couche, d’hémorragie obstétricale et d’accouchement prématuré.
MSF souligne que près des trois quarts des femmes concernées appartiennent aux communautés hôtes, souvent exclues des distributions alimentaires en raison de critères d’éligibilité limitant l’assistance aux seuls réfugiés enregistrés.
L’organisation appelle les bailleurs internationaux à financer le plan de réponse humanitaire du Tchad pour 2026 et à élargir les programmes d’aide alimentaire et nutritionnelle aux populations d’accueil, particulièrement affectées par l’afflux massif de réfugiés soudanais.
Depuis le déclenchement du conflit au Soudan en avril 2023, plus de 930 000 réfugiés soudanais ont trouvé refuge au Tchad, dont plus de 80 % sont des femmes et des enfants. Plus de 700 000 d’entre eux sont passés par la ville d’Adré, principal point d’entrée à la frontière.
Selon les données citées par MSF, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et les autorités tchadiennes ont relocalisé 646 216 réfugiés des sites de transit vers l’intérieur du pays, dont 45 321 depuis janvier 2026 dans le cadre d’un programme accéléré.
« Après avoir survécu à des mois de violences incessantes, les réfugiés arrivent à Adré épuisés physiquement, souffrant de malnutrition et profondément traumatisés. Ils découvrent alors une nouvelle réalité brutale en rejoignant des zones où les communautés hôtes vivent déjà dans la pauvreté et où les acteurs humanitaires demeurent insuffisamment présents », a déclaré Léa Ledru, coordinatrice de projet de MSF à Adré.
Elle estime que les opérations de relocalisation ne font que déplacer les besoins humanitaires d’une communauté vulnérable vers une autre sans résoudre les problèmes structurels d’accès à l’alimentation, à l’eau potable et aux soins.
MSF relève par ailleurs qu’aucun programme structuré de prise en charge de la malnutrition des femmes enceintes et allaitantes n’est actuellement déployé dans la zone. Les interventions se limitent à des distributions ponctuelles de farines enrichies, dépendantes de la disponibilité des stocks.
L’organisation fait également état d’une hausse de 30 % des admissions d’enfants souffrant de malnutrition dans le centre de santé d’Adré qu’elle soutient entre janvier et avril 2026, comparativement à la même période de 2025.
Les difficultés de financement ont en outre provoqué des ruptures de stock des produits du Programme alimentaire mondial (PAM) destinés au traitement de la malnutrition aiguë modérée en mai et juin, compromettant la prise en charge des enfants et des femmes enceintes ou allaitantes.
Selon MSF, les stocks reconstitués fin juin devraient être épuisés dès le mois de septembre si aucun nouveau financement n’est mobilisé.
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