Face aux nouvelles menaces épidémiques et aux coupes dans l’aide internationale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) souhaite réorganiser une architecture sanitaire mondiale jugée fragmentée et insuffisamment préparée aux futures crises.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé lundi à Genève à une profonde réforme de la gouvernance mondiale de la santé, estimant que l’architecture actuelle est devenue « de plus en plus encombrée, complexe et fragmentée ».
S’exprimant à l’ouverture de la 79e Assemblée mondiale de la santé, le chef de l’OMS a plaidé pour la mise en place d’un processus conjoint piloté par les États membres afin de rénover le système sanitaire international face à la multiplication des crises sanitaires.
« Il est temps de la rénover afin de construire », a-t-il déclaré, précisant que l’objectif n’est pas de créer une nouvelle initiative, mais de rassembler et coordonner les multiples mécanismes de réforme déjà existants.
Le patron de l’OMS a défendu le bilan des transformations engagées depuis la pandémie de Covid-19, citant notamment la création à Berlin d’un centre mondial des données de santé appuyé sur l’intelligence artificielle, le développement d’un centre de transfert de technologie ARNm au Cap et l’adoption récente d’un accord mondial sur les pandémies.
Ces avancées interviennent toutefois dans un contexte marqué par les crises géopolitiques, les tensions économiques et les réductions drastiques de financements internationaux.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a reconnu que l’OMS traverse « une période difficile » après le retrait brutal du financement américain, qui a conduit l’organisation à réduire certains programmes et à supprimer des postes.
Selon lui, 90 % du budget de base de l’institution est actuellement financé, même si les ressources restantes demeurent difficiles à mobiliser dans le contexte mondial actuel.
Le chef de l’OMS a également mis en avant l’émergence d’un nouvel appel à la « souveraineté sanitaire », nourri par les perturbations causées dans plusieurs pays par la baisse soudaine de l’aide internationale.
« Aucun pays ne souhaite être dépendant. Chaque pays aspire à l’équité. Chaque pays aspire à la souveraineté », a-t-il insisté, en référence à l’initiative dite « Accra Reset », qui plaide pour une réduction de la dépendance des systèmes de santé vis-à-vis des bailleurs extérieurs.
Dans un message vidéo adressé à l’Assemblée, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui aussi alerté sur les conséquences des coupes dans l’aide bilatérale et multilatérale, évoquant des fermetures de dispensaires, des licenciements de personnels soignants et un affaiblissement des dispositifs de prévention sanitaire.
Parallèlement, un nouveau rapport du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), organe indépendant créé par l’OMS et la Banque mondiale, estime que le monde demeure insuffisamment préparé aux futures pandémies.
Le rapport souligne que les épidémies deviennent plus fréquentes et plus destructrices, alors même que les investissements consacrés à la préparation sanitaire restent insuffisants.
Les experts avertissent qu’une nouvelle pandémie pourrait frapper une planète « plus divisée, plus endettée et moins capable de protéger ses populations », dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les bouleversements écologiques et le recul de l’aide au développement, à son plus bas niveau depuis 2009.
Le GPMB appelle ainsi à renforcer les systèmes de surveillance, à garantir un accès équitable aux traitements, et à assurer des financements durables dès les premiers signes d’une nouvelle crise sanitaire mondiale.
ARD/te/Sf/APA







