Le remaniement ministériel en Égypte redéfinit l’architecture des portefeuilles économiques, avec pour cap affiché, la réduction de la bureaucratie, l’attraction des investissements et la maîtrise de la dette publique.
Dans le sillage du récent remaniement conduit sous l’autorité du président Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau gouvernement égyptien s’est vu assigner une mission prioritaire : accélérer la réforme économique dans un contexte de pressions financières persistantes.
La nouvelle équipe entend rationaliser l’action publique, fluidifier la prise de décision et créer un environnement plus attractif pour l’investissement national et étranger.
Trois changements structurels majeurs marquent cette recomposition. D’abord, le renouvellement de plusieurs ministres du groupe économique. Ahmed Tawfiq Rostom, expert à la Banque mondiale, succède à Rania al-Mashat au ministère de la Planification. Mohamed Farid, ancien président de l’Autorité de régulation financière, prend les rênes de l’Investissement en remplacement de Hassan El-Khatib. Aux Télécommunications, Raafat Abdel Aziz Fahmy remplace Amr Talaat, tandis que Hassan El-Radad succède à Mohamed Gobran au Travail.
Ce renouvellement vise, selon les observateurs, à injecter une expertise technique accrue dans la gestion des dossiers économiques.
Le second axe de réforme porte sur la séparation de portefeuilles stratégiques. Les ministères des Transports et de l’Industrie, jusque-là fusionnés, sont dissociés : Kamel al-Wazir conserve les Transports, tandis que Khaled Hashem est nommé à l’Industrie. Parallèlement, la Planification est séparée de la Coopération internationale, cette dernière étant rattachée au ministère des Affaires étrangères. Selon l’économiste Walid Gaballah, cette décision intervient « à un moment opportun » pour soutenir la réduction de la dette, stimuler la production nationale et renforcer les exportations.
Le troisième changement, plus controversé, concerne la suppression du ministère du Secteur public des affaires, créé en 2016. Ce département supervisait six sociétés holding et plus de 170 entreprises actives dans des secteurs clés tels que la pétrochimie, le textile ou le tourisme. Sa dissolution s’inscrit dans une logique de simplification administrative, avec un rattachement direct des entreprises publiques aux ministères sectoriels compétents, afin d’accélérer la prise de décision et d’améliorer la productivité.
Sur le plan macroéconomique, les autorités mettent en avant une amélioration progressive des indicateurs. Les réserves en devises dépassent actuellement 54 milliards de dollars, contre environ 40 milliards quatre ans plus tôt, selon les données officielles. Les analystes soulignent toutefois que les défis restent considérables, notamment le contrôle de la dette, l’accélération des investissements et la mise en œuvre de la politique de propriété de l’État, visant à accroître la participation du secteur privé.
Dans ses directives, le président al-Sissi a structuré l’action du nouveau cabinet autour de quatre priorités : sécurité nationale et politique étrangère, développement économique, renforcement de la production — y compris l’énergie et la sécurité alimentaire — et progrès social. À l’approche de l’échéance du programme conclu avec le Fonds monétaire international, prévue fin 2026, le gouvernement est désormais attendu sur sa capacité à traduire cette réorganisation institutionnelle en résultats tangibles pour l’économie réelle.
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