De l’annonce du « Barrage du Millénaire » en 2011 à son inauguration contestée en 2025, le Grand barrage de la renaissance éthiopienne (GERD) s’est imposé comme l’un des dossiers hydropolitiques les plus sensibles pour l’Égypte et le bassin du Nil.
L’histoire du Grand barrage de la renaissance éthiopienne (GERD) débute officiellement en février 2011, lorsque l’Éthiopie annonce son intention de construire un gigantesque ouvrage hydroélectrique sur le Nil Bleu. En avril de la même année, le Premier ministre Meles Zenawi pose la première pierre du projet, baptisé alors « Barrage du Millénaire », suscitant immédiatement l’inquiétude de l’Égypte et du Soudan, pays situés en aval.
Face à ces craintes, un premier cadre de dialogue est esquissé en septembre 2011 avec l’accord sur la formation d’un comité international d’experts chargé d’évaluer l’impact du barrage sur les ressources hydriques des pays riverains. Les travaux techniques débutent en 2012, mais dès mai 2013, Addis-Abeba franchit un cap décisif en détournant le cours du Nil Bleu afin de lancer la construction effective. Le comité d’experts recommande alors des études d’impact approfondies, sans que celles-ci ne débouchent sur un consensus.
Après une période de gel liée aux bouleversements politiques en Égypte, les négociations reprennent en 2014, aboutissant en mars 2015 à la signature, à Khartoum, de la Déclaration de principes par les dirigeants des trois pays. Ce texte reconnaît le GERD tout en posant le principe d’un accord sur son remplissage et son exploitation. Toutefois, les désaccords techniques persistent, malgré la désignation de cabinets de conseil internationaux fin 2015.
À partir de 2017, les discussions s’enlisent. Le Caire exprime ses inquiétudes face aux modifications demandées par l’Éthiopie et le Soudan sur les études préliminaires. En 2018, le nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed effectue une visite symbolique au Caire, promettant au président Abdel Fattah al-Sissi que le barrage ne porterait pas préjudice au peuple égyptien, sans pour autant lever les ambiguïtés opérationnelles.
L’impasse conduit, en 2019, à une internationalisation du dossier. Les États-Unis parrainent des négociations à Washington début 2020, qui débouchent sur un projet d’accord final. L’Éthiopie refuse toutefois de le signer et se retire des discussions, tandis que l’Égypte paraphe seule le document. Quelques mois plus tard, en juillet 2020, Addis-Abeba annonce unilatéralement l’achèvement du premier remplissage du barrage.
Les années suivantes sont marquées par une succession de remplissages sans accord, malgré les médiations de l’Union africaine et les saisines répétées du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les deuxième, troisième puis quatrième remplissages sont annoncés entre 2021 et 2023. En décembre 2023, l’Égypte acte la fin des négociations, estimant que l’Éthiopie utilise le dialogue pour consacrer un fait accompli.
L’année 2024 renforce les tensions. Des inondations dévastatrices frappent le Soudan en août, illustrant, selon Khartoum et Le Caire, les risques liés au manque de partage des données hydrologiques. En septembre, l’Égypte dénonce devant l’ONU le cinquième remplissage, portant la capacité du barrage à près de 74 milliards de m³. En octobre, Abiy Ahmed affirme que l’ouvrage est structurellement achevé.
Le 9 septembre 2025, l’Éthiopie inaugure officiellement le GERD. L’Égypte et le Soudan boycottent la cérémonie, réaffirmant que le barrage demeure illégitime en l’absence d’un accord juridiquement contraignant sur son exploitation, consacrant ainsi l’échec d’un processus diplomatique de plus d’une décennie.
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