La disparition d’un enregistrement vidéo présenté comme central dans le dossier d’Abu Agila Masud relance le débat sur l’équité du procès du suspect libyen de l’attentat de Lockerbie, devant une juridiction américaine.
La défense d’Abu Agila Masud, poursuivi aux États-Unis pour son implication présumée dans l’attentat de Lockerbie de 1988, affirme qu’un enregistrement vidéo contenant ses supposés aveux a été « perdu ou détruit ». Cette révélation, rapportée par la BBC, alimente une controverse juridique majeure sur le respect du droit à un procès équitable, à quelques semaines d’une audience clé prévue à Washington.
Selon un reportage du correspondant écossais pour les affaires intérieures de la BBC, les avocats de la défense soutiennent que la disparition de cette pièce audiovisuelle prive leur client d’un élément de preuve potentiellement déterminant. L’enregistrement aurait porté sur un interrogatoire mené en 2012 dans un centre de détention libyen, au cours duquel Masud aurait reconnu son rôle dans la planification de l’attentat. En l’absence de cette vidéo, la défense estime ne pas être en mesure de vérifier les conditions exactes de l’interrogatoire ni de contester efficacement la version présentée par l’accusation.
Les avocats ont demandé à la cour fédérale américaine de classer l’affaire, invoquant non seulement la perte de cette preuve, mais aussi l’ancienneté des faits — survenus il y a 37 ans — et leur déroulement hors de la juridiction des États-Unis. Ils affirment que ces éléments cumulés portent atteinte aux principes fondamentaux de la justice pénale, notamment l’égalité des armes entre l’accusation et la défense.
Les procureurs américains, de leur côté, s’appuient sur un résumé établi par le Federal Bureau of Investigation (FBI), selon lequel la bombe ayant détruit le vol 103 de Pan Am était dissimulée dans une valise non accompagnée. Celle-ci aurait transité de Malte à Francfort, puis à l’aéroport d’Heathrow à Londres, avant d’être placée dans la soute de l’appareil peu avant son décollage. L’explosion, survenue le 21 décembre 1988 au-dessus de Lockerbie, en Écosse, avait causé la mort de 270 personnes.
Masud conteste ces accusations et affirme que ses aveux lui ont été extorqués sous la contrainte. Son avocat fédéral, Jeremy Kamins, soutient que la destruction présumée de l’enregistrement vidéo constitue une violation grave du droit à un procès équitable. Selon lui, une vidéo aurait permis d’observer d’éventuels signes de stress, de pression ou de coercition, impossibles à déceler à partir de simples transcriptions écrites.
La défense fait également valoir que l’enregistrement aurait disparu après qu’un responsable libyen a été sollicité en 2024 pour le remettre aux autorités américaines. Elle souligne que le retard prolongé de la procédure, la dégradation de l’état de santé de l’accusé et la mort de témoins clés — dont Abdelbaset al-Megrahi — ont affaibli la capacité de Masud à se défendre.
Le gouvernement américain est attendu pour répondre à ces arguments dans les prochains jours. Une audience est prévue le mois prochain à Washington afin d’examiner la légalité et la recevabilité des aveux présumés, dans ce qui constitue le deuxième grand volet judiciaire de l’affaire de Lockerbie, après le procès historique ayant conduit à la condamnation d’Abdelbaset al-Megrahi au début des années 2000.
MK/AK/Sf/APA






