Face à des besoins médicaux et financiers qui dépassent largement ses capacités, MSF lance un appel urgent à la communauté humanitaire internationale pour qu’elle renforce d’urgence son soutien aux millions de déplacés de l’est de la RDC.
Cinq millions de déplacés, des épidémies qui se multiplient, des structures sanitaires à bout de souffle. Dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) dresse un tableau alarmant d’une crise humanitaire qui s’emballe, et appelle d’urgence les autres acteurs internationaux à se mobiliser.
Les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’Alliance fleuve Congo (AFC)/M23 dans les Hauts plateaux de Fizi alimentent depuis des mois des tensions intercommunautaires qui poussent des familles entières sur les routes.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), près de cinq millions de personnes sont aujourd’hui déplacées dans la région, dont 1,9 million au seul Sud-Kivu et au Maniema.
Ikupe Roger, 60 ans, a fui son village il y a un an et demi avec sa femme et ses huit enfants. « Mon principal souci aujourd’hui est de pouvoir rester à Baraka, malgré le climat de violence et d’insécurité », confie-t-il, dans la note publiée par l’ONG médicale ce vendredi.
Avant l’arrivée de MSF, raconte-t-il, « il n’y avait presque pas d’accès aux soins. Payer plus de 100 000 francs congolais pour des soins est hors de portée. »
Des soins inaccessibles aux plus vulnérables
Dans la ville de Baraka, l’insécurité persistante et la dégradation des routes isolent davantage encore les populations.
« Privées de ressources, beaucoup n’ont plus la possibilité de payer le transport ni d’accéder aux soins de santé de base », alerte Gianpietro Campedelli, coordinateur de projet de MSF à Baraka, également cité par le document.
Résultat : de nombreux patients arrivent dans les structures de santé dans un état critique, souvent trop tard pour recevoir des soins vitaux.
Les personnes déplacées ne fuient pas seulement les bombes. Elles affrontent aussi des violences sur le chemin de l’exil. Fatou, 40 ans, originaire de Makobola, en témoigne : « Pendant la fuite, j’ai été frappée par des hommes armés. Nous avons aussi été dépouillés de tout ce que nous avions. »
MSF débordée face aux urgences
Entre janvier et avril 2026, les équipes de MSF ont soigné 26 234 patients à Baraka, dont 426 blessés de guerre, 16 574 cas de paludisme, 2 953 diarrhées et 3 832 pneumonies, affirme l’organisation. Signalant avoir également pris en charge 1 002 patients dans son centre de traitement du choléra, distribué des kits d’hygiène et réparé des pompes à eau dans plusieurs localités.
Mais l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités de MSF, « seule ou presque sur le terrain. » L’organisation soutient actuellement sept sites de soins communautaires, intervient en santé reproductive et dans la prise en charge des survivantes de violences sexuelles, tout en gérant le camp de déplacés de Monge Monge.
« La présence de MSF, bien qu’essentielle, ne suffit pas à couvrir l’ensemble des besoins. Une mobilisation des autres acteurs humanitaires est plus que nécessaire pour venir en aide aux populations toujours fortement exposées aux vulnérabilités sanitaires et sociales », avance Gianpietro Campedelli.
Dans une région où la guerre, la maladie et la pauvreté se combinent pour plonger des millions de personnes dans le dénuement, l’appel de MSF résonne comme un avertissement : sans réponse internationale à la hauteur, la catastrophe risque de s’aggraver encore.
ARD/Sf/APA





