Incendies meurtriers, onze morts dans un centre pour enfants, catastrophe routière et pagaille autour de l’allocation touristique : l’été 2026 met à nu une faiblesse persistante de l’État algérien, prompt à intervenir lorsque la crise éclate, beaucoup moins efficace lorsqu’il s’agit de la prévenir.
Depuis début juillet, la canicule en Algérie, avec des températures atteignant localement 48 à 49°C, a transformé plusieurs wilayas du nord en poudrières. Plus de 1 600 incendies ont été recensés par la Protection civile, faisant six morts et plus d’une centaine d’hospitalisations. Quelque 19 000 agents, appuyés par l’armée et des moyens aériens, ont été mobilisés. Skikda, Béjaïa, Jijel ou Annaba ont de nouveau vu défiler les mêmes images : forêts dévorées par les flammes, populations évacuées et habitations menacées. Les secours interviennent massivement, mais toujours lorsque le feu est déjà là. Débroussaillement, surveillance et anticipation restent les éternelles questions posées après les incendies.
À Mohammadia, dans la banlieue est d’Alger, le constat est plus terrible encore. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, onze personnes sont mortes dans l’incendie d’un Centre d’accueil pour l’enfance assistée et 19 autres ont été blessées. Les pompiers ont dû découper une grille métallique pour accéder au bâtiment. Dans un établissement censé protéger des personnes vulnérables, ce détail transforme le drame en question de responsabilité : normes de sécurité, voies d’évacuation, contrôles et prévention. Une enquête a été ouverte. Mais, une fois encore, l’État enquête après avoir compté les morts.
Le 31 juillet, Boumerdès a ajouté un nouveau bilan macabre. Un bus transportant des excursionnistes a basculé dans un ravin à El Kerma : environ 27 morts et 44 blessés. De nombreux enfants figuraient parmi les victimes. Deuil national, mobilisation des secours, enquête : le rituel est désormais tristement connu. Puis reviennent les mêmes interrogations sur l’état des véhicules, les contrôles et la sécurité du transport collectif.
Même sans catastrophe humaine, la même culture de l’improvisation affleure. Le changement brutal des modalités de l’allocation touristique -750 euros par adulte et 300 euros par enfant- en offre une illustration. Pour lutter contre les détournements, les autorités ont imposé le recours à une carte de paiement internationale. Mais entre délais bancaires allant de 48 heures à plusieurs semaines, formalités et voyageurs pris de court, la Banque d’Algérie a dû intervenir pour accélérer le dispositif. La méthode semble familière : décider d’abord, organiser ensuite.
Pendant ce temps, rester au pays n’épargne pas les ménages. Aquaparcs, complexes balnéaires et beach clubs affichent des entrées pouvant atteindre 2 500 à 6 000 dinars par personne, transformant rapidement une journée familiale en dépense lourde.
Ces crises n’ont évidemment ni les mêmes causes ni la même gravité. Mais leur succession expose une même faiblesse : l’anticipation. L’Algérie mobilise des moyens considérables après les incendies, les accidents ou les blocages administratifs. Le problème est précisément là : l’État sait courir derrière les crises. Il peine encore à arriver avant elles.
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