Tunis exprime son inquiétude face à l’escalade régionale au Moyen-Orient, sans afficher de position frontale après l’annonce du décès du Guide suprême iranien.
Au lendemain de l’annonce de la mort du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, les autorités tunisiennes ont adopté un ton mesuré. Dans un communiqué diffusé dimanche 1er mars par le ministère des Affaires étrangères, Tunis fait part d’« une profonde préoccupation et une vive inquiétude » face à la « dangereuse escalade militaire » en cours dans la région, sans formuler de condoléances explicites ni de condamnation ciblée.
Le texte insiste sur l’attachement de la Tunisie au respect de la souveraineté des États et condamne « toute agression contre le territoire de tout État », mettant en garde contre un élargissement du conflit susceptible de menacer « la sécurité et la paix régionales et internationales ». Il appelle également à un cessez-le-feu immédiat et à un retour à la table des négociations, exhortant le Conseil de sécurité des Nations unies à « assumer ses responsabilités ».
Cette prudence tranche avec la proximité affichée ces dernières années entre Tunis et Téhéran. Le président Kaïs Saïed s’était notamment rendu à Téhéran en mai 2024 pour présenter ses condoléances après le décès du président iranien Ebrahim Raïssi dans un crash d’hélicoptère, un déplacement rare pour un chef de l’État tunisien voyageant peu à l’étranger. Le communiqué actuel, jugé concis et prudent par plusieurs observateurs, marque ainsi une inflexion notable dans l’expression diplomatique tunisienne.
Autre élément significatif: l’énumération explicite des pays arabes avec lesquels Tunis exprime sa « pleine solidarité ». Sont cités le Royaume d’Arabie saoudite, l’État du Koweït, l’État du Qatar, le Royaume de Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Royaume hachémite de Jordanie et la République d’Irak. Cette mention appuyée, dans un contexte de rivalités stratégiques entre certaines monarchies du Golfe et l’Iran, peut être interprétée comme un signal d’équilibre diplomatique.
Au-delà de la conjoncture iranienne, la réaction tunisienne met en lumière une volonté d’éviter tout isolement supplémentaire sur la scène régionale. En privilégiant un langage centré sur les principes du droit international, la fraternité arabe et islamique et l’appel au dialogue, Tunis semble opter pour une posture de prudence institutionnelle.
Dans un environnement régional marqué par des tensions militaires et des incertitudes croissantes, la Tunisie paraît chercher à préserver ses marges de manœuvre, à maintenir des canaux ouverts avec des partenaires aux intérêts divergents et à réaffirmer son positionnement traditionnel de voix modérée au sein du monde arabe.
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