Le directeur Afrique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Mamadou Sow, a défendu jeudi à Bamako le rôle d’intermédiaire neutre de l’organisation, quatre jours après le transfert de six blessés de Kidal vers Gao.
Présentés par le Front de libération de l’Azawad (FLA) comme des militaires maliens, six blessés ont été transférés de Kidal à GAO par le CICR, portant à 88 le nombre de soldats libérés ou transférés depuis le 13 août, selon le décompte du mouvement armé. Le directeur Afrique de l’organisation humanitaire a saisi l’occasion pour expliquer le rôle du CICR dans le contexte sécuritaire.
Reçu par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, Mamadou Sow effectuait une visite de travail consacrée aux opérations humanitaires et au respect du droit international humanitaire. La diplomatie malienne présente le Mali comme sa première destination depuis sa prise de fonctions à la direction Afrique du CICR.
Les échanges ont porté sur l’assistance aux populations affectées par les affrontements, l’accès humanitaire et le maintien du dialogue avec les différentes parties. Abdoulaye Diop a encouragé le CICR à poursuivre son mandat selon les principes de neutralité et d’impartialité.
D’après le compte rendu malien, le ministre a également exposé sa lecture de la situation sécuritaire, qu’il relie au terrorisme et à des « ingérences extérieures à des fins politiques ». Cette appréciation relève de la position des autorités maliennes.
Mamadou Sow a, de son côté, plaidé pour une mobilisation politique accrue en faveur du droit international humanitaire et contre sa politisation. Sa visite intervient dans une séquence où le CICR a joué un rôle opérationnel dans le nord du pays.
Le 16 août, l’organisation a facilité le transfert de six personnes blessées du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. L’opération a été réalisée après l’obtention de garanties de sécurité auprès des parties au conflit, selon un communiqué du CICR.
L’organisation s’est limitée à les présenter comme « six personnes blessées », sans préciser leur identité, leur statut ni les circonstances dans lesquelles elles se trouvaient à Kidal. Le FLA affirme pour sa part qu’il s’agissait de militaires maliens blessés en captivité et que leur transfert complétait la remise de 82 soldats annoncée trois jours plus tôt.
Neutralité
Le 13 août, l’armée malienne avait confirmé le retour de 82 de ses membres détenus par des groupes armés, indiquant qu’ils avaient été placés sous la responsabilité des services compétents. Le FLA avait également confirmé leur libération, présentée comme une mesure humanitaire.
Certains de ces militaires étaient détenus depuis 2023, selon le porte-parole du mouvement, tandis que d’autres avaient été capturés au cours d’affrontements plus récents. Le nombre exact de soldats encore retenus dans le nord du Mali demeure difficile à établir de manière indépendante.
Même si les deux opérations se sont succédé, le CICR ne s’est attribué aucun rôle dans les négociations ayant conduit à la libération des 82 militaires. L’organisation explique que son mandat peut l’amener à faciliter un transfert ou un retour lorsque les parties le sollicitent et lui accordent les garanties nécessaires, tandis que les discussions politiques et les conditions de libération restent en dehors de son intervention.
Cette distinction constitue un point central de son action au Mali. La possibilité d’accéder aux blessés, aux détenus et aux populations vivant dans des zones difficiles d’accès repose sur l’acceptation de sa neutralité par les autorités, les porteurs d’armes et les communautés.
En plus de cette opération, le CICR indique soutenir une vingtaine de centres de santé communautaires, les hôpitaux de Gao et de Mopti ainsi que plusieurs centres de santé de référence. Près de 70 000 personnes ont reçu des soins dans ces structures entre janvier et juin 2026. Son action humanitaire aurait touché plus de 1,1 million de personnes au Mali en 2025.
La rencontre de Bamako a aussi servi de cadre au plaidoyer en faveur de l’Initiative mondiale pour le droit international humanitaire. Lancée en septembre 2024 par le CICR avec le Brésil, la Chine, la France, la Jordanie, le Kazakhstan et l’Afrique du Sud, elle rassemble actuellement 99 États et doit déboucher sur une conférence de haut niveau en Jordanie au dernier trimestre 2026.
Le Mali reste absent de la liste publique des États participants. Le communiqué publié après l’audience mentionne le plaidoyer du CICR, sans annoncer une adhésion de Bamako à cette initiative.
MD/Sf/APA






