Le ministère érythréen de l’Information a démenti, ce week-end, les affirmations d’Addis-Abeba selon lesquelles Asmara aurait refusé une proposition éthiopienne portant sur la réhabilitation du port d’Assab, situé sur la mer Rouge.
« L’Érythrée n’a jamais été opposée à une coopération régionale fondée sur des avantages mutuels et équilibrés », a précisé le ministère érythréen de l’Information dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux.
Cette mise au point intervient après les déclarations du Premier ministre Abiy Ahmed devant le Parlement éthiopien, selon lesquelles la quête de son pays pour un accès à la mer relève d’un droit « légal et historique ». Le chef du gouvernement a affirmé qu’Asmara avait rejeté une initiative conjointe de réaménagement du port d’Assab, destiné à faciliter l’accès maritime de l’Éthiopie.
M. Abiy a également soutenu que la perte de cet accès côtier était « illégale et injuste », tout en avertissant que son pays ne « patienterait pas encore trente ans » avant d’y remédier.
Le ministère érythréen a qualifié ces propos d’« unilatéraux », soulignant qu’Asmara demeure ouverte à une coopération « authentique » mais rejette toute démarche reposant sur « l’aventurisme unilatéral ou les revendications révisionnistes ». Une telle collaboration, précise le communiqué, doit se fonder sur « le respect mutuel, la clarté juridique, un engagement commun pour la stabilité et des échanges équitables ».
Asmara a par ailleurs laissé entendre que l’intérêt éthiopien pour les ports de la mer Rouge pourrait cacher des ambitions militaires.
« Les ports érythréens ne sont pas accessibles, à des fins commerciales ou autres, pour des usages militaires ou navals étrangers », a rappelé le ministère. Ajoutant que « toute médiation de puissances extérieures n’est ni nécessaire juridiquement, ni appropriée politiquement ».
La semaine précédente, Abiy Ahmed avait indiqué avoir sollicité plusieurs grandes puissances – notamment la Chine, la Russie et les États-Unis – pour discuter de la question de l’accès à la mer Rouge. Selon lui, « l’Érythrée semble méconnaître le rôle potentiel de ces acteurs, qu’il ne faut pas confondre avec une ingérence ».
Asmara a répliqué qu’elle « rejettera toute forme d’ingérence ou de pression extérieure portant atteinte à sa souveraineté ou à son intégrité territoriale ».
Au-delà du débat juridique sur les circonstances de la perte d’Assab sous le gouvernement du défunt Meles Zenawi, Addis-Abeba met en avant les risques sécuritaires liés à sa situation enclavée, rappelant que la mer Rouge se trouve à seulement 60 kilomètres de ses frontières.
« La position de l’Érythrée concernant l’utilisation de ses ports doit être négociée directement, de manière bilatérale, avec les partenaires qu’elle aura choisis et dans le respect du droit international », a insisté le ministère.
Ce dernier a également rappelé que la politique nationale de l’Érythrée repose sur la conviction que la paix et le développement dans la Corne de l’Afrique sont essentiels à la stabilité régionale — un principe inscrit dans la Charte nationale du pays.
L’Érythrée a souvent été accusée par l’Éthiopie de soutenir des groupes armés sur son territoire, notamment durant les vingt années de relations tendues marquées par un statu quo de « ni paix ni guerre ».
Plus récemment, Addis-Abeba a de nouveau accusé Asmara d’apporter son soutien au TPLF de Debretsion Gebremichael et aux forces Fano — des accusations que l’Érythrée dément catégoriquement.
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