Jugé obsolète par Paris, l’accord franco-algérien de 1968 revient au centre de l’agenda diplomatique, dans un contexte de crispation durable avec Alger et de pressions politiques accrues côté français.
L’exécutif français prépare des initiatives sur l’accord franco-algérien de 1968, texte fondateur encadrant les conditions d’entrée, de séjour et de travail des ressortissants algériens en France. À Paris, cet accord, signé dans l’immédiat après-indépendance, est désormais présenté comme inadapté aux réalités migratoires et sécuritaires actuelles. Selon des déclarations récentes, l’Élysée pourrait annoncer des mesures ou une prise de position formelle dans les prochaines semaines, sur fond de relations diplomatiques dégradées entre la France et l’Algérie.
Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a de nouveau plaidé pour une révision du dispositif, estimant que l’accord « ne correspond clairement plus aux intérêts de la France ». Interrogé par La Voix du Nord, il a rappelé que la renégociation de ce cadre bilatéral avait été évoquée en 2022 entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, sans avancée concrète depuis. À Paris, cette inertie est désormais interprétée comme un symptôme du blocage politique plus large avec Alger.
La question migratoire cristallise les tensions. L’accord de 1968 confère aux ressortissants algériens un régime dérogatoire par rapport au droit commun français, notamment en matière de titres de séjour. Pour une partie de la classe politique française, y compris au sein de la majorité, ce statut spécifique est devenu politiquement et administrativement coûteux. À l’automne, le Rassemblement national avait poussé une résolution parlementaire appelant à l’abrogation pure et simple du texte, option écartée par le gouvernement au profit d’une renégociation ciblée.
Au-delà du débat juridique, Paris reproche aux autorités algériennes une coopération jugée insuffisante sur les éloignements de ressortissants en situation irrégulière. Ce grief est au cœur du bras de fer engagé par le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui conditionne toute visite officielle à Alger à des avancées sur deux dossiers précis : la situation de Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis l’été 2025 pour des accusations liées au terrorisme, et la reprise effective des expulsions de sans-papiers algériens.
Du côté algérien, ces exigences sont perçues comme une mise sous pression politique et une remise en cause d’un accord historiquement symbolique. L’accord de 1968 reste, pour Alger, l’un des derniers marqueurs juridiques de la relation post-coloniale avec la France. Sa remise à plat unilatérale par Paris risquerait d’accentuer un climat déjà marqué par la défiance, les contentieux mémoriels et une coopération sécuritaire fluctuante.
En filigrane, la séquence illustre l’asymétrie croissante du rapport de force. Là où Paris parle d’efficacité migratoire et d’intérêts nationaux, Alger voit une tentative de réécriture politique d’un compromis fondateur. À défaut de négociation équilibrée, la révision annoncée de l’accord de 1968 pourrait ainsi devenir un nouvel épisode de confrontation diplomatique, plutôt qu’un levier de normalisation entre les deux capitales.
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