La visite à Paris du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, le 29 janvier 2026, ravive une affaire qui demeure l’une des plus emblématiques au Tchad : l’assassinat de l’opposant Yaya Dillo Djerou Betchi, survenu le 28 février 2024 à N’Djaména.
Président du Parti socialiste sans frontières et candidat déclaré à l’élection présidentielle tchadienne, Yaya Dillo a été tué lors d’une opération des forces de sécurité contre le siège de son parti. Selon des éléments médicaux indépendants et plusieurs organisations de défense des droits humains, il aurait été abattu d’une balle tirée à bout portant à la tête. Son corps a été enterré sans autopsie, tandis que les lieux du crime ont été détruits dans les quarante-huit heures, rendant toute investigation locale pratiquement impossible.
Près de deux ans après les faits, aucune enquête crédible n’a été menée par la justice tchadienne, malgré les plaintes déposées par la famille de la victime. Les engagements pris en 2024 par le président Mahamat Idriss Déby Itno et son Premier ministre de l’époque, Succès Masra, en faveur d’une enquête internationale indépendante, sont restés lettre morte.
Dans un communiqué de presse publié ce 29 janvier, le cabinet KIMIA avocats, conseil d’Ousmane Dillo, frère de la victime et ressortissant franco-tchadien, rappelle aux autorités françaises l’urgence et l’exigence de vérité et de justice. Ce rappel est en lien avec la présence du chef de l’Etat tchadien à Paris où une plainte pour assassinat a été déposée, visant des individus proches du pouvoir tchadien, soupçonnés d’avoir participé à l’opération ayant conduit à la mort de Yaya Dillo. Cette procédure s’appuie sur le principe de compétence extraterritoriale lorsque des ressortissants français sont impliqués dans des crimes graves.
Pour la famille de Yaya Dillo et ses soutiens, l’enjeu dépasse le seul cas individuel : il s’agit de mettre fin à une culture de l’impunité et de rappeler que la coopération diplomatique et sécuritaire entre la France et le Tchad ne peut se construire au détriment de la vérité et de la justice. Alors que le président Mahamat Idriss Déby Itno est reçu à Paris, le silence des autorités françaises est perçu comme un signal préoccupant pour l’état de droit et la protection des opposants politiques en Afrique centrale.
CA/Sf/APA







