Le rôle joué par l’Algérie dans l’amendement d’un projet de résolution américain fait débat au sein de l’ONU, pendant que l’intensité rhétorique suscite de nombreux commentaires dans les cercles diplomatiques.
Alors que l’Algérie multiplie les déclarations sur son rôle au Conseil de sécurité depuis son entrée en fonctions en janvier 2024, plusieurs observateurs internationaux relèvent que cet activisme, très centré sur la question palestinienne, peine à masquer l’isolement régional et les retards diplomatiques accumulés par Alger sur d’autres dossiers majeurs.
L’ambassadeur de Palestine en Algérie, Fayez Abu Aita, a de nouveau salué « le fer de lance de la défense de la cause palestinienne » que représenterait Alger. Selon le diplomate, la délégation algérienne a joué un rôle dans l’amendement d’un projet de résolution américain lié au « plan Gaza », notamment en rappelant le principe d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale.
Cette prise de position intervient alors que la situation humanitaire à Gaza demeure critique, marquée par plus de deux années d’hostilités et un accès humanitaire extrêmement limité.
Selon les autorités palestiniennes, l’Algérie « a influé positivement » sur les positions de plusieurs membres du Conseil, « y compris les États-Unis ».
Le chef de la mission algérienne à l’ONU, Amar Bendjama, s’est illustré par une posture qualifiée d’« offensive », affirmant que son pays « ne craint personne » et n’hésitant pas à interpeller directement Washington. Alger met également en avant son soutien aux démarches engagées par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice concernant Gaza.
Mais cette intensité rhétorique suscite de nombreux commentaires dans les cercles diplomatiques. Plusieurs diplomates occidentaux soulignent que l’Algérie concentre l’essentiel de son activité multilatérale sur la cause palestinienne, délaissant des dossiers régionaux où sa position reste marginale, qu’il s’agisse des médiations sahéliennes, de la transition libyenne, de l’intégration économique continentale ou encore de la coopération énergétique euro-méditerranéenne.
Selon plusieurs sources onusiennes, Alger apparaît « visible » sur un sujet unique, mais « quasi absente » sur les autres agendas, ce qui limite son influence globale.
Depuis 2022, l’Algérie tente de renforcer sa stature internationale après plusieurs années d’effacement, marquées par une diplomatie jugée prudente et peu proactive. Malgré l’organisation d’un sommet arabe en 2022 et la réconciliation symbolique de factions palestiniennes à Alger, le pays reste éloigné des dynamiques régionales structurantes, notamment depuis le rapprochement croissant entre Rabat et nombre de partenaires africains, européens et américains.
Plusieurs capitales estiment également que l’absence de réformes internes et la fermeture prolongée des frontières avec le Maroc réduisent la portée de son action.
Les autorités algériennes mettent en avant « 63 ans d’engagement » en faveur de la Palestine. Pour l’ambassadeur Abu Aita, « la position de l’Algérie est ferme, équilibrée et constante ».
Cette reconnaissance contraste toutefois avec l’impression laissée par d’autres partenaires qui jugent la diplomatie algérienne « déconnectée » des évolutions régionales, notamment au Moyen-Orient où les équilibres stratégiques se redéfinissent.
MK/ak/Sf/APA







