L’Afrique dispose d’un nouvel levier dans la lutte mondiale contre l’héritage de l’esclavage, avec l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution A/80/L.48. Cette déclaration historique reconnaît la traite et l’esclavage racialisé des Africains comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité.
Le texte, intitulé « Déclaration sur la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains comme le crime le plus grave contre l’humanité », a été adopté mercredi par 123 voix pour, 3 contre (Argentine, Israël et États-Unis) et 52 abstentions.
En approuvant cette résolution, l’Assemblée a souligné l’importance de réparer les injustices historiques subies par les Africains et les descendants d’Africains, considérant les demandes de réparation comme un pas concret vers cette réparation. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, qui présentait la motion pour le Groupe africain, a insisté sur le fait que le texte ne vise pas à rouvrir l’histoire ni à cibler des États spécifiques, mais à établir un cadre de réconciliation fondé sur la vérité.
La déclaration appelle à une reconnaissance officielle de l’impact dévastateur de l’esclavage à l’échelle mondiale et à un renforcement des efforts internationaux pour la justice réparatrice et la lutte contre le racisme systémique.
La traite transatlantique des esclaves, qui a duré plus de trois siècles, a arraché des millions d’Africains à leurs terres, les transportant dans des conditions inhumaines et les soumettant à la violence, à l’exploitation et à la négation de leur identité. Ses conséquences économiques et démographiques ont bouleversé les sociétés africaines tout en enrichissant les puissances coloniales, et son héritage continue d’influencer les inégalités mondiales et les disparités de développement.
La résolution marque un passage de la mémoire symbolique à des engagements concrets en matière de vérité, justice et réparation. La Commission de l’Union africaine (CUA) a salué ce vote, qualifiant la décision d’« étape importante vers la vérité, la justice et la guérison », et réaffirmant la nécessité de reconnaître pleinement les impacts historiques et contemporains de l’esclavage.
Cependant, le vote a mis en lumière des divisions profondes. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre, invoquant des ambiguïtés juridiques et un risque d’application rétroactive du droit international. L’Union européenne s’est abstenue, soutenant la mémoire et la lutte contre le racisme mais dénonçant des « inexactitudes juridiques et des références historiques partielles ».
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé le monde à rejeter les hiérarchies raciales à l’origine de l’esclavage et à prendre des mesures audacieuses contre le racisme systémique et pour la justice réparatrice, rappelant que le travail forcé et la traite des êtres humains persistent encore aujourd’hui.
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