Le président sortant de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, s’est exprimé ce mardi 12 mai 2026, pour la toute première fois, depuis la dissolution de l’institution qu’il dirigeait.
Lors d’une cérémonie de décoration des Commissaires centraux et agents de la CEI, empreinte d’émotion, l’ancien président Ibrahime Coulibaly-Kuibiert a défendu le bilan de son institution et rassuré le personnel sur la suite des événements, tout en actant le passage vers une réforme nécessaire.
C’est dans un contexte de transition institutionnelle que s’est tenue, ce mardi 12 mai 2026, la cérémonie de décoration de 30 commissaires centraux et agents de la CEI, élevés dans les ordres du mérite ivoirien (04 commandeurs, 11 officiers et 15 chevaliers).
Ces récipiendaires ont reçu l’hommage de leur président sortant, Ibrahima Coulibaly-Kuibiert, magistrat hors hiérarchie nommé le 7 mai 2026 président du Conseil d’État. Évoquant la dissolution de la CEI, Coulibaly-Kuibiert a salué une « famille, forgée dans le défi et dans le sacrifice ».
« La CEI est aujourd’hui dissoute, oui cette annonce peut susciter de l’émotion et de l’inquiétude, voire de la nostalgie, mais je voudrais vous le dire avec force, cette dissolution ne remet nullement en cause l’immense travail que vous avez accompli tout au long de cette magistrature », a-t-il déclaré.
« Personne ne pourra effacer les sacrifices consentis, les efforts fournis et les résultats obtenus. Personne ne pourra nier votre contribution à la consolidation de notre démocratie. Le long chemin que nous avons parcouru, ensemble, fut parfois semé d’embuches », a-t-il rappelé.
« Nous avons connu des moments de tension, des incompréhensions, des critiques, des périodes d’incertitude, mais chaque fois, grâce à votre déterminant et à votre sens élevé de l’Etat, nous avons su surmonter ces obstacles et maintenir le cap », a-t-il fait observer.

« Je suis là, juste là, à vos côtés »
Comme l’indique le communiqué du Conseil des ministres du 6 mai 2026, « une réforme de la CEI s’impose après tant d’années de soubresauts depuis la création de l’institution, liée notamment aux différentes perceptions des acteurs du processus électoral », a-t-il affirmé.
« Il est donc apparu nécessaire d’ouvrir une nouvelle étape afin de renforcer davantage la confiance de toutes les parties prenantes. Ce n’est que ça, rien que ça. Cette réforme n’est donc pas la fin de la route, elle marque plutôt le début d’un autre chemin qui devra conduire à des élections toujours plus transparentes », a-t-il estimé.
Pour mener à bien cette nouvelle étape, « votre expertise demeure indispensable. C’est pourquoi je vous demande de rester mobilisés et présents à vos postes afin d’assurer la gestion des affaires courantes avec le même sérieux et le même professionnalisme », a-t-il conseillé.
L’émotion était palpable chez le président sortant, qui a tenu à rassurer son personnel sur son avenir. « Merci pour votre loyauté ; merci pour votre patience face aux critiques, merci pour votre amour pour la République », a-t-il lancé.
Pour lui, se « retrouver ici aujourd’hui n’est donc pas un adieu, ce n’est même pas un au revoir, car les liens tissés au fil des années ne peuvent être effacés par un décret ou par une réforme institutionnelle. Je suis là, juste là, à vos côtés. Le tronc de l’arbre n’oublie jamais les racines que vous êtes. »
« Vous demeurez les racines de cette œuvre collective que nous avons bâtie ensemble avec patience, courage et fidélité. C’est pourquoi, toutes les dispositions sont prises afin qu’aucun d’entre vous ne soit oublié dans cette nouvelle orientation institutionnelle. Aucun effort ne sera ménagé pour vous préserver de la dignité, pour vous valoriser, parce que vous méritez d’être valorisés », a-t-il poursuivi.

Hommages et contexte politique
Durant des années, ces hommes et femmes, dira-t-il, ont porté « avec dignité, courage et abnégation la noble mission de servir la nation de la Côte d’Ivoire ». Il a adressé au nom de tout le personnel et à son nom, leur « sincère et profonde gratitude au président de la République ».
« Nous lui exprimons notre infinie reconnaissance pour avoir accepté de distinguer les agents de la Commission électorale indépendante. Cet acte n’est pas anodin, il est le témoignage vivant de l’attention particulière qu’il accorde à notre institution et à chacune des missions que nous avons accomplies au service de la démocratie et de la paix », a-t-il souligné.
« Et comme si cet attachement à notre grande institution ne suffisait pas, il a bien voulu me faire l’immense honneur de me nommer à la présidence de cette haute juridiction qu’est le Conseil d’Etat », a-t-il ajouté, sous des salves d’applaudissements.
« Je mesure la portée de cette confiance républicaine et je voudrais ici lui renouveler mon engagement et ma profonde reconnaissance. Je voudrais également remercier ici, le Premier ministre ainsi que l’ensemble des membres du gouvernement pour l’attention permanente qu’ils ont portée à notre institution et à son personnel », a-t-il partagé.
Ally Coulibaly, Grand chancelier de l’Ordre national de Côte d’Ivoire, a relevé que « l’institution que vous avez servie avec tant d’abnégation a joué un rôle déterminant dans l’histoire de notre pays au cours de ces deux dernières décennies. »
« La CEI a ainsi vécu toutes les pulsations de la nation, épousant ses espoirs et ses soubresauts et ses doutes, vous avez ensemble porté avec une sorte de stoïcisme les attaques récurrentes contre l’institution, les remises en cause, les imputations parfois calomnieuses et pas toujours d’une très grande élégance », a-t-il souligné.
Pour lui, « la CEI, en dépit de tout, aura été d’un remarquable apport aux temps de balbutiement démocratique du pays et que son bilan positif ne peut pas être occulté et ne doit pas être ainsi jeté au fond de la lagune ».
« La dissolution ordonnée et non contrainte de la Commission électorale indépendante ne sanctionne pas, loin de là, un quelconque échec, mais elle correspond plutôt aux évolutions et adaptations que requièrent la recherche de l’optimum institutionnel si difficile à atteindre et à réaliser », a-t-il soutenu.
Me Yolande Ketty Yapo Bi, porte-parole des récipiendaires, a relevé que « le président Ibrahime Coulibaly-Kuibiert a su diriger notre mission commune avec courage, discernement, rigueur et sens du devoir ».
Elle a rappelé que « depuis 2001, plusieurs commissions électorales se sont succédé et que la Commission version Ibrahime Coulibaly-Kuibiert est la seule à ce jour à avoir pu mener son mandat jusqu’à son terme, malgré les boycotts actifs et les violences orchestrées par certaines formations politiques de l’opposition. »
Aka Aouélé, président du Conseil économique et social, environnemental et culturel (CESEC), et l’Inspecteur général d’Etat, Ahoua N’Doli Théophile, étaient présents à cette cérémonie de décoration des commissaires centraux sortants et agents de la CEI.
Le président sortant de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, ne figurait pas parmi les récipiendaires décorés lors de cette cérémonie de distinction, tenue à l’espace Latrille Events Abidjan.
AP/Sf/APA





