La Bourse des matières premières agricoles (BMPA) de Côte d’Ivoire, la première bourse spécialement dédiée au secteur agricole dans l’espace UEMOA et en Afrique francophone, connaît des défis majeurs pour son développement.
Pour lever les contraintes au niveau de la Bourse des matières premières agricoles, le secrétariat exécutif du Comité de concertation Etat/secteur privé, en collaboration avec le ministère d’Etat ivoirien, ministère de l’Agriculture et du développement rural, ont organisé ce mercredi 10 septembre 2025 une rencontre d’échanges avec les parties prenantes.
La secrétaire exécutive du Comité de concertation Etat/secteur privé (CCESP), Mme Mariam Fofana Fadiga, a déclaré que la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) constitue « une des réformes clés de l’ambition du gouvernement d’œuvrer à la transformation structurelle de l’économie ivoirienne ».
Elle a rappelé que le démarrage officiel des activités de la BMPA, le 28 mai 2025, avec l’admission à la cote des filières maïs, cola et anacarde, « est le fruit d’une vision » portée par l’Etat de Côte d’Ivoire et exécuté par la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM).
Selon Mme Mariam Fadiga, « cette réforme vise à moderniser et à structurer durablement les produits agricoles ivoiriens, à répondre aux enjeux de la transparence, à une meilleure rémunération des producteurs, à stimuler le financement du secteur et la production locale. »
Le secteur agricole en Côte d’Ivoire représente environ 26% du Produit intérieur brut (PIB) du pays. Il emploie 60% de la population active et constitue la première source de devises avec 40% des exportations. Toutefois, malgré ce fort potentiel, le secteur agricole reste sujet à de nombreuses pesanteurs.
Casser les monopoles
Philippe Brizoua, directeur du développement des marchés et de la gestion des projets de la BRVM, a indiqué que l’une des problématiques majeures est la qualité des produits agricoles, soulignant qu’« il y a urgence que les normes de qualité soient appliquées. »
Par ailleurs, « il faut casser les monopoles, puisque le développement de la bourse ne peut pas s’accommoder des monopoles. Ça été le cas de l’Ethiopie, de l’Afrique du Sud et de certains pays, même en Malaisie », notamment au départ de leur bourse des matières premières, a-t-il dit.
« Lorsque nous demandons de casser les monopoles, nous ne demandons pas à l’Etat d’intervenir dans la gestion des prix, c’est totalement improductif. Ce qu’on souhaiterait, c’est que le secteur privé qui domine nos filières depuis des décennies soit amené à trader avec la BMPA », a-t-il précisé.
« On ne peut pas tolérer de s’accommoder d’un marché parallèle avec des circuits qui datent de six décennies. Il faut que le secteur privé qui domine nos circuits agro-alimentaires soit invité à négocier à travers la BMPA », a-t-il insisté.
En outre, « on souhaiterait que pour les infrastructures, notamment les entrepôts, l’Etat accompagne vraiment » la BMPA. Il a cité l’Afrique du Sud qui a bénéficié d’entrepôts construits sous l’apartheid, soit 217 sites d’entreposage qui sont fonctionnels.
L’Ethiopie a commencé sa bourse avec 55 entrepôts et la production est passée entre 2008 et 2013 de 130 000 tonnes à 500 000 tonnes, a-t-il noté, rappelant que la Biélorussie, aujourd’hui, la plus puissante bourse de l’Europe de l’Est, a mis en place des entrepôts créés par le secteur privé sous le contrôle de l’Etat.
« Ici, en Côte d’Ivoire, on souhaiterait par exemple que l’Etat encourage, à travers le Code des investissements (la création d’entrepôts aux standards internationaux) », car « c’est primordial pour la bourse et la sécurité alimentaire », a-t-il suggéré.
Un levier de souveraineté
« Un autre aspect, c’est d’amener le secteur financier à s’engager » parce que « trop longtemps, l’agriculture est restée en marge du circuit financier », a fait remarquer M. Philippe Brizoua, lors d’un panel sur les enjeux de développement de la BMPA.
M. Dely Soumahoro, conseiller technique, représentant le ministre ivoirien des Finances et du Budget, à cette activité dénommée « ZOOM SUR » la BMPA, a relevé que cette bourse « se présente comme un élément de souveraineté alimentaire, de justice commerciale et de transformation structurelle de notre économie agricole ».
« C’est une réforme majeure qui aspire à stimuler la production, fluidifier la circulation des produits agricoles et améliorer le revenu des producteurs ivoiriens », a-t-il partagé. Elle entend également sécuriser la vente des produits agricoles.
Quant à M. Rodrigue N’Guessan Koffi, directeur général du Développement rural, il a mentionné que la BMPA est « un rêve » de l’Etat ivoirien qui se réalise après 40 ans. Pour accompagner ces filières, le gouvernement a mis en place des agropoles à travers le pays.
La filière maïs en Côte d’Ivoire produit 1,685 million de tonnes par an pour une forte demande, en provenance de l’étranger, estimée à 11 millions de tonnes. La bourse agricole, outre les opportunités d’investissements et le contrôle des prix, est un outil qui peut garantir la sécurité alimentaire.
Selon l’Institut national de la statistique, en 2021, le taux d’incidence de la pauvreté en milieu rural atteignait 54,4% contre 22,2% en milieu urbain. Dans un pays à forte vocation agricole comme la Côte d’Ivoire, ces chiffres questionnent.
Selon Ismaël Fanny, représentant du Patronat ivoirien, cette bourse offre des références de prix fiables et partagées, contribuant à réduire les distorsions, à renforcer l’intégration économique et à stimuler les investissements agricoles dans tout l’espace communautaire.
AP/Sf/APA





