Près de 5 % des Tunisiens consommeraient des drogues, selon une estimation ministérielle qui met surtout en lumière l’absence de données actualisées et les insuffisances du dispositif public de prise en charge.
La consommation concernerait principalement les personnes âgées de 15 à 40 ans, a déclaré le Dr Nabil Ben Salah, spécialiste en addictologie et toxicologie chargé du dossier de l’addiction au ministère tunisien de la Santé. Intervenant le 19 août sur la Radio nationale, il a cependant reconnu que la Tunisie ne disposait actuellement d’aucune statistique récente permettant de déterminer avec précision le nombre de consommateurs ou de personnes dépendantes.
Le taux avancé doit donc être interprété avec prudence. Aucune précision n’a été donnée sur sa méthode de calcul, la période étudiée, les substances prises en compte ou la distinction entre consommation occasionnelle, usage problématique et dépendance. Une nouvelle enquête nationale doit être menée entre la fin de 2026 et le début de 2027, laissant jusque-là les autorités sanitaires sans diagnostic suffisamment précis pour adapter leurs politiques de prévention et de traitement.
Les capacités de prise en charge paraissent limitées au regard de l’ampleur supposée du phénomène. Le centre de Jebel Oust suit environ 1 300 patients, mais seulement dix personnes y sont hébergées. Le centre Tanit assure pour sa part un accompagnement quotidien à près de 70 femmes, associant suivi médical et psychologique à des formations en travaux manuels destinées à faciliter leur réinsertion. Ces chiffres ne permettent toutefois pas d’évaluer la couverture réelle des besoins à l’échelle nationale.
Le Dr Ben Salah a rappelé que le traitement repose d’abord sur un accompagnement médical et psychologique, puis sur un suivi régulier visant à réduire progressivement la consommation. Il a également insisté sur le fait qu’une rechute ne devait pas être sanctionnée ni considérée comme un échec définitif, mais comme une étape possible du parcours thérapeutique nécessitant la poursuite des soins.
L’accès à ces soins reste pourtant entravé par leur coût. Les consultations publiques disponibles dans plusieurs gouvernorats ne sont pas gratuites et ne sont pas prises en charge par les caisses sociales, l’addiction n’étant pas reconnue comme une maladie dans ce cadre. Cette situation expose les patients les plus précaires à l’abandon du traitement et contredit l’approche médicale défendue par les spécialistes.
La future étude ne suffira donc pas à combler les lacunes du dispositif. La crédibilité de la politique tunisienne dépendra aussi de la reconnaissance institutionnelle de l’addiction comme pathologie, de l’élargissement de la couverture sociale, du renforcement des structures régionales et d’une prévention ciblant une jeunesse particulièrement exposée.
MK/AK/Sf/APA






